Le devşirme dans l’Empire Ottoman

Dans 1520-1522, nous rencontrons Ibrâhîm qui est le fauconnier et le Maître de Chambre du Sultan Soleyman et surtout son ami le plus proche. Il n’est pas ottoman d’origine et est né à Parga en 1495, une ville du nord-ouest de la Grèce qui était alors contrôlée par la République de Venise. Parga a été envahie par les Ottomans en 1502 et Ibrâhîm a été fait prisonnier. Comment s’est-il retrouvé au plus près du Sultan quelques années plus tard ?

Dans les années 1300, le Sultan Mourad Ier veut contrecarrer le pouvoir grandissant des nobles turcs à sa Cour et décide de se doter d’une troupe de soldats la plus indépendante possible de cette noblesse : il a l’idée de convertir des esclaves chrétiens, de les recruter et les entraîner pour former des troupes d’élite entièrement dévouées à sa personne. Ces troupes sont divisées en deux régiments : les cavaliers (les sipahi) et les fantassins (les Yeni Çeri , francisés en janissaires).

Les janissaires se reconnaissent à leur plume blanche au-dessus du front.

Ce système de recrutement est institutionnalisé et est appelé devşirme (impôt sur le sang). Les populations chrétiennes conquises par les Ottomans doivent « offrir » certains de leurs enfants aux envahisseurs qui les convertissent puis leur font rejoindre les sipahi ou les janissaires, mais aussi ils peuvent accéder à des postes administratifs pour les plus intelligents d’entre eux, après avoir été formé dans une école spéciale, l’Enderûn Mektebi. Entre le XIVème et le XVIIème siècle, on estime qu’entre 300.000 et 500.000 enfants ont été l’objet de l’impôt sur le sang.

Enfants chrétiens enregistrés pour le devsirme (miniature ottomane, milieu du XVIème siècle)

Ibrâhîm fait parti de ces enfants. Il ne montre pas beaucoup d’adresse pour le maniement des armes ou pour la cavalerie alors il est orienté vers des tâches administratives. C’est sans doute à l’occasion de ce que l’on pourrait appeler un « stage » qu’il rencontre Soleyman, le fils du Sultan Sélim Ier en 1514. Les deux adolescents se lient d’amitié et Soleyman le prend à son service.

Ibrahim, joué par l’acteur Okan Yalabik dans la série turque « Mehtesem Yuzyil » (« Le Siècle Magnifique »)

Comment cette amitié va-t-elle évoluer, maintenant que Soleyman est devenu Sultan ? (Dans une situation parallèle, vous avez vu avec François Ier/Ayne de Montmorency que cela peut générer des tensions). Vous le saurez en lisant 1520-1522 et surtout sa suite 1523-1526 (parution en Juin 2020).

Les moines-chevaliers de l’Ordre des Hospitaliers

Dans 1520-1522, nous voyageons vers Rhodes où nous rejoignons les Hospitaliers, un ordre de moines-chevaliers.

Armoirie de l’Ordre des Hospitaliers

Cet ordre a été fondé vers l’an 1113 par Frère Gérard l’Hospitalier, qui soigne les pauvres et les pèlerins à Jérusalem. Il fait construire une église dédiée à Saint Jean Baptiste, ce qui explique que l’Ordre des Hospitaliers est aussi appelé l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem. La menace musulmane se faisant pressante, l’Ordre se militarise progressivement et on leur confie la garde du fameux Krak des Chevaliers (dans l’actuelle Syrie) qu’ils défendent de 1142 à 1271.

Le Krak des Chevaliers

Lorsque les Chrétiens sont expulsés de Terre Sainte en 1291, les Hospitaliers se réfugient à Chypre puis conquièrent l’ile de Rhodes en 1310. Juste après, leurs collègues des Templiers sont éradiqués en 1314 et ils reçoivent une partie de leur richesse.

Les Hospitaliers construisent un grand Palais : le Palais des Grands Maîtres (du nom du titre de celui qui dirige l’Ordre), marqué par ses belles tours à l’entrée.

L’entrée monumentale du Palais des Grands Maîtres à Rhodes

L’intérieur tient à la fois du château fort et du monastère ce qui illustre bien la dualité de l’Ordre.

L’intérieur du Palais des Grands Maîtres à Rhodes. Photo : Igor11105

Lorsque nous retrouvons les Hospitaliers dans 1520-1522, ils se trouvent très isolés face à un Empire Ottoman conquérant. L’île n’est qu’à 18 km des côtes ottomanes. Ce qui devait être une tête de pont pour la reconquête de la Terre Sainte se retrouve être un bastion de plus en plus difficile à défendre.

Les défis qui attendent le Grand Maître de l’époque Philippe de Villiers de l’Isle-d’Adam sont donc immenses. Mais dans le monde de 1520-1522, il a un atout contre les Ottomans que n’avait pas le Grand Maître dans le monde « dit réel »…

Philippe de Villiers de l’Isle-d’Adam

Tlemcen

Une partie du récit de 1515-1519 se passe en Afrique du Nord, à Oran et à Tlemcen. Oran est une ville portuaire à 400 km à l’ouest d’Alger et Tlemcen est à 140 km au sud-ouest d’Oran.

L’Algérie connait une période mouvementée lorsque s’ouvre notre histoire. En 1492, avec la chute de Grenade, les Espagnols achèvent la Reconquista, entrainant l’expulsion de la plupart des musulmans de la péninsule ibérique qui y étaient installés depuis sept siècles. Beaucoup de réfugiés s’installent en Algérie et y importent l’architecture des villes andalouses, ce qui est particulièrement visible encore aujourd’hui à Tlemcen.

Les côtes algériennes et tunisiennes sont alors contrôlées par les frères Barberousse qui vivent de la piraterie.

Barbarossa_Hayreddin_Pasha
L’un des frères Barberousse, Khayr ad-Dîn

Face à cette menace sur le commerce et notamment sur le transport des marchandises vers Naples et la Sicile (qui appartiennent à l’Espagne), les Espagnols décident de conquérir les côtes d’Afrique du Nord et ils prennent Oran et Tlemcen en 1509. Le Cardinal Cisneros (que nous rencontrerons dans 1515-1519) participe à cette conquête et n’hésite pas à raser les mosquées et à construire des églises à la place.

Cisneros
Le Cardinal Cisneros (salle capitulaire de la cathédrale de Tolède)

Tlemcen est cependant reprise assez rapidement par les Barberousses et lorsque commence notre récit seul Oran est tenu par les Espagnols. La reprise de Tlemcen est un enjeu essentiel : c’est une ville stratégique importante car elle est entourée de terres fertiles et contrôle tout l’arrière-pays. Et bien sûr, il faut reconquérir Alger qui est le principal bastion des pirates. De plus, les frères Barberousse ont prêté allégeance au Sultan de l’Empire Ottoman, le grand ennemi à l’est de la Méditerranée qui ainsi prend pied à l’ouest.

Tlemcen est cernée de remparts assez rudimentaires et réparées de nombreuses fois à la hâte mais la ville est couronnée par la citadelle El Mechouar aux murs élevés, construite du temps où les Berbères du Royaume Zianide contrôlaient la cité. Cette forteresse rectangulaire possède aux quatre coins des tours rondes surmontées de dômes aplatis. Une mosquée se trouve à l’intérieur et, lors de la prise initiale par les Espagnols, le minaret n’a échappé au zèle de Cisneros que parce que sa hauteur en faisait une tour défensive efficace.

CitadelleTlemcen
Le minaret de la citadelle de Tlemcen

Mechouar,Tlemcen.
Intérieur du Palais Mechouar à Tlemcen

La conquête de cette ville constitue donc un défi que des héros de notre histoire vont devoir relever. D’autant plus que dans le monde de 1515-1519 les Barberousses ont acquis chez le Sultan Ottoman des pouvoirs magiques assez terrifiants…