L’épée de François Ier

Dans le monde de « 1515-1519 », François Ier reçoit Joyeuse, l’épée de Charlemagne. Mais dans le monde dit « réel », cette épée n’était utilisée que pour le sacre (depuis 1179 lors du sacre de Philippe Auguste). L’épée que portait habituellement François Ier se trouve actuellement au Musée de l’Armée aux Invalides. Cette épée lui avait été offerte avant son couronnement car son pommeau n’est pas orné d’une couronne. On pense qu’elle a été forgée après 1510 et donc avant 1515 (François Ier a été couronné en Janvier de cette année).

Un côté de l’épée de François Ier
L’autre côté de l’épée de François Ier

Sur les quillons on peut lire un extrait du Magnificat, le cantique chanté par la Vierge Marie après l’Annonciation : « Fecit potentiam in brachio suo« : il a déployé la puissance de son bras. Dans le Magnificat, le bras appartient à Dieu. Ici, il s’agit de celui du Roi, une assimilation bien commode !

L’épée a été prise au Roi lors de sa défaite de Pavie en 1525. C’est un officier espagnol nommé Juan Aldana qui la récupère et la lègue à son fils. Celui-ci la vend en 1585 au Roi d’Espagne Philippe II. En 1808, Napoléon demande expressément à Murat lors de son invasion de l’Espagne de récupérer l’épée et de la ramener à Paris, ce qui est fait. Napoléon l’installe dans son bureau au Palais des Tuileries. La défaite de Pavie est effacée (mais Waterloo n’est plus très loin !)

Vous pouvez voir la fiche du Musée de l’Armée sur cette épée sur ce site.

La fin de la Reconquista

Elle est mentionnée plusieurs fois dans « 1515-1519 » car c’est un événement considérable qui a durablement marqué l’Espagne et qui est encore assez récent dans l’esprit de certains de nos personnages.

La Reconquista est la reconquête par différents royaumes chrétiens de la péninsule ibérique sur les musulmans et elle s’achève le 2 janvier 1492 après 780 ans de présence musulmane. Le dernier bastion pris par les armées de Ferdinand et d’Isabelle La Catholique (les grands-parents maternels de Charles de Habsbourg) se situe à Grenade. Ferdinand est Roi d’Aragon et Isabelle est Reine de Castille et leur union en 1469 leur permet d’unir leurs forces.

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Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille s’unissent en 1469 et de cette union naît l’Espagne telle que nous la connaissons encore aujourd’hui.

Cette union sonne le glas de l’Émirat de Grenade. Notons que cet Émirat était déjà un vassal du Royaume de Castille depuis 1246 et avait vécu globalement en paix avec ses voisins, ce qui avait notamment permis de construire le magnifique Palais de l’Alhambra. Épisodiquement, des conflits s’étaient déclenchés lorsque l’Emir ne voulait pas payer de tributs, mais après quelques batailles les affaires rentraient dans l’ordre.

Dans le contexte de la mise en place de l’Inquisition espagnole en 1478 dirigée par le sinistre Torquemada, il devient inadmissible de maintenir cette enclave musulmane sur la péninsule ibérique et après diverses péripéties une armée de 10 000 cavaliers et 40 000 fantassins encerclent Grenade le 26 avril 1491. Isabelle La Catholique jure de ne pas se baigner et de changer de vêtements jusqu’à ce que la ville tombe. La ville subit 8 mois de siège et acculé par la famine, le dernier émir de Grenade, Mohammed XII surnommé Boabdil, donne les clés de la ville à Ferdinand et Isabelle qui va pouvoir enfin se laver et se changer (au grand soulagement de son mari…)

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Boabdil (à gauche) apporte les clés de Grenade que l’on aperçoit en arrière-plan à Ferdinand et Isabelle, le 2 janvier 1492. Tableau de Francisco Pradilla y Ortiz

La péninsule est libérée mais les Espagnols voudront poursuivre leurs efforts et repousser les musulmans hors d’Afrique du Nord. Comment cela va-t-il se dérouler ? Vous le lirez dans « 1515-1519 ».

Le cheval perdu de Léonard de Vinci

Dans les années 1480 et 1490, Léonard de Vinci est au service du Duc de Milan, Ludovic Sforza qui est le père de Massimiliano Sforza que nous rencontrons dans la première partie de « 1515-1519 » et de son frère Francesco Sforza que nous rencontrons dans la deuxième partie du livre.

En 1482, Ludovic Sforza propose à Léonard de Vinci de réaliser la plus grande statue équestre du monde à la gloire de son père Francesco Sforza, qui avait installé les Sforza à la tête du Duché de Milan en 1450. Léonard relève le défi et prévoit effectivement un cheval d’une taille démesurée.

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Echelle de taille entre le cheval prévu pour la statue équestre du Duc de Milan et Léonard (qui était lui-même grand pour l’époque !)

Suivant son habitude, Léonard prend son temps et pendant des années il couvre ses carnets de dessins anatomiques de chevaux.

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Du coup, personne ne saura mieux peindre et dessiner les chevaux que lui et comme c’est mentionné dans « 1515-1519 » Léonard aidera d’autres artistes comme Raphaël à peindre des chevaux.

Un moment, Léonard envisage de faire un cheval cabré et remplit ses carnets de calculs et de figures géométriques pour prévoir la répartition des poids et résoudre les problèmes d’équilibre. Mais il renonce devant la difficulté de la tâche et revient à une configuration plus classique avec un cheval en marche reposant sur deux pattes, une avant et une arrière en opposition. Pendant ce temps, Ludovic Sforza s’impatiente et s’énerve que Léonard s’intéresse plus au cheval qu’au cavalier ! Il cherche d’autres sculpteurs mais personne n’ose se confronter à Léonard de Vinci.

Léonard finit par se lancer dans la réalisation concrète du projet mais il souhaite faire d’abord un modèle en plâtre à la taille prévue avant de mobiliser les 100 tonnes de bronze (!) nécessaires à la statue réelle. Le modèle en plâtre est dévoilé en 1494 à l’occasion du mariage de la nièce du Duc de Milan avec Maximilien du Saint Empire (le grand-père paternel de Charles de Habsbourg). Il fait sensation. Dans la foulée, porté par l’enthousiasme, Léonard réalise les moules nécessaires pour couler les 100 tonnes de bronze. Mais la guerre avec la France éclate ! Le bronze est plutôt utilisé pour fabriquer des canons. Lorsqu’en 1499, les Français de Louis XII envahissent Milan, Léonard doit fuir et le modèle en plâtre de son immense cheval est détruit par les arbalétriers français qui s’en servent comme cible pour s’entraîner (un cheval de plus de 7 mètres, ça devrait aller comme cible, même pour des débutants ! Mais j’imagine qu’ils devaient « s’amuser » à viser des parties précises de l’animal plutôt que l’animal en tant que tel). Les moules qui avaient été préparés sont perdus, sans doute recyclés pour un usage militaire.

Depuis, diverses tentatives de reconstitution du cheval de Léonard ont eu lieu à différentes échelles mais personne ne saura jamais à quoi aurait vraiment ressemblé l’oeuvre de Léonard si elle avait été achevée.

Guillaume de Montmorency

Ayne de Montmorency est l’un des principaux personnages de 1515-1519. Son prénom dans le monde dit « réel » est Anne qui à l’époque était un prénom à la fois pour les hommes et pour les femmes.

Aujourd’hui, nous allons nous attarder sur son père, Guillaume, que nous rencontrons dans la deuxième partie du livre. C’est le Baron de Montmorency et le Seigneur de Chantilly. Montmorency se trouve dans le Val d’Oise, à 13 km au nord de Paris. Chantilly est encore un peu plus au nord. Il ne reste actuellement rien du château de Montmorency où nous rencontrons le Baron dans 1515-1519. En 1708, il ne restait déjà plus que le donjon, qui a été détruit à son tour à la Révolution Française.

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Donjon au milieu des ruines du château de Montmorency en 1708

Guillaume de Montmorency est né en 1463. Ce n’est pas le fils aîné mais son père déshérite ses deux premiers fils à la suite de disputes et c’est Guillaume qui hérite de ses titres. Les fils déshérités (et leurs descendants) tenteront en vain de récupérer ces titres par de longues procédures judiciaires, mais aucune n’aboutira.

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Portrait de Guillaume de Montmorency, vers 1520 (anonyme)

Guillaume devient le chambellan du Roi de France Charles VIII (celui qui meurt en heurtant le linteau à Amboise), puis le Superintendant des Eaux et Forêts de son successeur Louis XII (poste stratégique car qui dit « forêts », dit « chasse », activité prisée par les Rois). Il est également nommé Gouverneur du Château de Saint-Germain-en-Laye. Il participe glorieusement à la campagne d’Italie de 1499-1500. En 1503, il devient Gouverneur de la Bastille Saint-Antoine (la « Bastille »), qui, à l’époque, était un fort défensif de la porte orientale de la capitale et n’était utilisé qu’occasionnellement comme prison. Guillaume fait reconstruire la chapelle du château de Chantilly et obtient en 1515, par une bulle pontificale de Léon X, le droit d’y faire célébrer la messe et tous les autres sacrements.

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Blason des Montmorency formé « d’or à la croix de gueules cantonnée de seize alérions d’azur ordonnés 2 et 2 »

Ayne de Montmorency a donc un père à la carrière prestigieuse et un des ses ancêtres, Mathieu II de Montmorency, a été Grand Connétable de France, et s’était particulièrement illustré par de hauts faits d’armes à la bataille de Bouvines (27 juillet 1214, opposant Philippe Auguste au Saint Empire Romain Germanique allié à l’Angleterre). Mathieu II de Montmorency avait notamment enlevé douze étendards impériaux et depuis, le blason des Montmorency n’a plus seulement 4 alérions, comme initialement, mais 16 (= 4 + 12) !

On comprend donc la volonté et l’impatience d’Ayne à accéder à des postes prestigieux pour faire honneur à sa noble lignée.

Tlemcen

Une partie du récit de 1515-1519 se passe en Afrique du Nord, à Oran et à Tlemcen. Oran est une ville portuaire à 400 km à l’ouest d’Alger et Tlemcen est à 140 km au sud-ouest d’Oran.

L’Algérie connait une période mouvementée lorsque s’ouvre notre histoire. En 1492, avec la chute de Grenade, les Espagnols achèvent la Reconquista, entrainant l’expulsion de la plupart des musulmans de la péninsule ibérique qui y étaient installés depuis sept siècles. Beaucoup de réfugiés s’installent en Algérie et y importent l’architecture des villes andalouses, ce qui est particulièrement visible encore aujourd’hui à Tlemcen.

Les côtes algériennes et tunisiennes sont alors contrôlées par les frères Barberousse qui vivent de la piraterie.

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L’un des frères Barberousse, Khayr ad-Dîn

Face à cette menace sur le commerce et notamment sur le transport des marchandises vers Naples et la Sicile (qui appartiennent à l’Espagne), les Espagnols décident de conquérir les côtes d’Afrique du Nord et ils prennent Oran et Tlemcen en 1509. Le Cardinal Cisneros (que nous rencontrerons dans 1515-1519) participe à cette conquête et n’hésite pas à raser les mosquées et à construire des églises à la place.

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Le Cardinal Cisneros (salle capitulaire de la cathédrale de Tolède)

Tlemcen est cependant reprise assez rapidement par les Barberousses et lorsque commence notre récit seul Oran est tenu par les Espagnols. La reprise de Tlemcen est un enjeu essentiel : c’est une ville stratégique importante car elle est entourée de terres fertiles et contrôle tout l’arrière-pays. Et bien sûr, il faut reconquérir Alger qui est le principal bastion des pirates. De plus, les frères Barberousse ont prêté allégeance au Sultan de l’Empire Ottoman, le grand ennemi à l’est de la Méditerranée qui ainsi prend pied à l’ouest.

Tlemcen est cernée de remparts assez rudimentaires et réparées de nombreuses fois à la hâte mais la ville est couronnée par la citadelle El Mechouar aux murs élevés, construite du temps où les Berbères du Royaume Zianide contrôlaient la cité. Cette forteresse rectangulaire possède aux quatre coins des tours rondes surmontées de dômes aplatis. Une mosquée se trouve à l’intérieur et, lors de la prise initiale par les Espagnols, le minaret n’a échappé au zèle de Cisneros que parce que sa hauteur en faisait une tour défensive efficace.

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Le minaret de la citadelle de Tlemcen

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Intérieur du Palais Mechouar à Tlemcen

La conquête de cette ville constitue donc un défi que des héros de notre histoire vont devoir relever. D’autant plus que dans le monde de 1515-1519 les Barberousses ont acquis chez le Sultan Ottoman des pouvoirs magiques assez terrifiants…

Bartolomeo d’Alviano

Bartolomeo d’Alviano est un condottiero au service de Venise, né en 1455. Un condottiero est un chef mercenaire italien, qui se bat pour le plus offrant. Avec l’émiettement de l’Italie en petits Etats, ils pouvaient facilement faire monter les enchères ! Ils pouvaient également être embauchés par des puissances étrangères.

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Portrait de Bartolomeo d’Alviano par Giovanni Bellini

Ainsi, c’est pour le compte du Roi d’Espagne Ferdinand que Bartolomeo d’Alviano s’est battu en 1503 contre les Français (et notamment contre le Chevalier Bayard) à la bataille du Garigliano. Grâce à cette victoire, le Royaume de Naples tombe dans les mains de l’Espagne.

En 1509, Bartolomeo combat pour les Vénitiens. Les troupes de la Sérénissime République perdent la bataille d’Agnadel contre une coalition comprenant la France de Louis XII, le Pape Jules II, l’Empereur Maximilien et le Roi d’Espagne Ferdinand (l’ancien employeur de Bartolomeo…). Le condottiero est blessé par une lance. Il est fait prisonnier puis libéré contre une rançon. Il prend sa revanche sur les Français à Ravenne en 1512 où il a vu combattre Ayne de Montmorency, le principal homme de confiance de François Ier. Nul doute que les deux hommes vont se rencontrer à nouveau…

La Bande Noire

Dans l’univers de 1515-1519, la Bande Noire est un groupe de mercenaires elfique. Il est composé d’elfes renégats et bannis, qui ont tourné le dos aux habitudes de leur peuple et qui louent leurs services aux plus offrants. Leurs prouesses et leur agilité seront utiles à nos héros, et également aux dames de Lyon qui se souviendront longtemps de leur passage…

Dans le monde dit « réel », la Bande Noire est aussi un groupe de mercenaires, venant de Germanie. L’une des hypothèses quant à leur origine pourrait expliquer leur nom : ils seraient venus de la région de la Forêt Noire au sud-ouest de l’Allemagne, le long du Rhin. Selon d’autres hypothèses, ils proviendraient de Saxe et auraient été initialement recrutés pour faire la guerre aux Frisons en 1498, dans le territoire actuel des Pays-Bas. Quoiqu’il en soit, ils participent bien à la bataille de Marignan et ils sont 6000 d’après Martin du Bellay. Ils sont « aguerris depuis vingt ans. » d’après lui, ce qui correspond bien à l’hypothèse de la guerre contre les Frisons.

Il y a d’autres Bandes Noires mentionnées dans les textes de cette époque et il est possible que des membres de la première compagnie de mercenaires ait essaimé et fondé leur propre compagnie en conservant ce label prestigieux, surtout après Marignan.

Landsknecht
Figurine de Landsknecht, très réussie. Source : https://www.pinterest.fr/pin/541346817681888037/?autologin=true

Les Bandes Noires font partie d’un ensemble plus large : les Landsknechten ou mercenaires allemands. Knecht veut dire valet, ce qui signifie une servitude vis-à-vis de l’employeur qui les paye et Land signifie le pays ou plutôt ici la campagne, car beaucoup de recrutés provenaient de familles campagnardes et paysannes. Ils étaient réputés pour leur efficacité et leur brutalité, et aussi leurs vêtements hauts en couleurs.

Vous n’avez pas fini de les rencontrer dans l’univers du Chroniqueur de la Tour !