La fin de la Reconquista

Elle est mentionnée plusieurs fois dans « 1515-1519 » car c’est un événement considérable qui a durablement marqué l’Espagne et qui est encore assez récent dans l’esprit de certains de nos personnages.

La Reconquista est la reconquête par différents royaumes chrétiens de la péninsule ibérique sur les musulmans et elle s’achève le 2 janvier 1492 après 780 ans de présence musulmane. Le dernier bastion pris par les armées de Ferdinand et d’Isabelle La Catholique (les grands-parents maternels de Charles de Habsbourg) se situe à Grenade. Ferdinand est Roi d’Aragon et Isabelle est Reine de Castille et leur union en 1469 leur permet d’unir leurs forces.

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Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille s’unissent en 1469 et de cette union naît l’Espagne telle que nous la connaissons encore aujourd’hui.

Cette union sonne le glas de l’Émirat de Grenade. Notons que cet Émirat était déjà un vassal du Royaume de Castille depuis 1246 et avait vécu globalement en paix avec ses voisins, ce qui avait notamment permis de construire le magnifique Palais de l’Alhambra. Épisodiquement, des conflits s’étaient déclenchés lorsque l’Emir ne voulait pas payer de tributs, mais après quelques batailles les affaires rentraient dans l’ordre.

Dans le contexte de la mise en place de l’Inquisition espagnole en 1478 dirigée par le sinistre Torquemada, il devient inadmissible de maintenir cette enclave musulmane sur la péninsule ibérique et après diverses péripéties une armée de 10 000 cavaliers et 40 000 fantassins encerclent Grenade le 26 avril 1491. Isabelle La Catholique jure de ne pas se baigner et de changer de vêtements jusqu’à ce que la ville tombe. La ville subit 8 mois de siège et acculé par la famine, le dernier émir de Grenade, Mohammed XII surnommé Boabdil, donne les clés de la ville à Ferdinand et Isabelle qui va pouvoir enfin se laver et se changer (au grand soulagement de son mari…)

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Boabdil (à gauche) apporte les clés de Grenade que l’on aperçoit en arrière-plan à Ferdinand et Isabelle, le 2 janvier 1492. Tableau de Francisco Pradilla y Ortiz

La péninsule est libérée mais les Espagnols voudront poursuivre leurs efforts et repousser les musulmans hors d’Afrique du Nord. Comment cela va-t-il se dérouler ? Vous le lirez dans « 1515-1519 ».

Anton de Alaminos

Anton de Alaminos est un navigateur espagnol né en 1482.

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Il participe au troisième voyage de Christophe Colomb (1498-1500) ce qui veut dire qu’il avait juste 16 ans lors de l’embarquement. C’est au cours de ce voyage que les navires de Colomb atteignent le continent américain proprement dit pour la première fois (et pas seulement les îles des Caraïbes). Ils débarquent sur les côtes de l’actuel Venezuela.

Puis il participe au quatrième voyage de Colomb (1502-1504), avec la fonction de pilote alors qu’il a tout juste 20 ans.

Cliquez ici pour voir une carte grand format du quatrième voyage de Christophe Colomb

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Trajet du 4ème voyage de Christophe Colomb (1502-1504)

Ils atteignent le Panama et le Honduras. Les bateaux sont en mauvais état à cause de tempêtes et ils finissent par atteindre la Jamaïque (alors appelée Santiago) où l’équipage va rester un an. Un détachement d’Espagnols et de natifs part en canoë vers l’île d’Hispaniola où il y a une colonie espagnole bien établie pour demander de l’aide et organiser une expédition de secours. Pendant ce temps, en Jamaïque, les relations se tendent entre les Espagnols et les natifs mais Colomb s’attire à nouveau leur respect en prédisant l’éclipse de Soleil de Mars 1504 à l’aide des tables astronomiques qu’il avait apportées. Finalement, l’expédition de secours arrive fin Juin 1504.

Après ce voyage dramatique, on retrouve Anton de Alaminos en 1513 avec Juan Ponce de Léon. Cette expédition permet de découvrir la Floride (nommée ainsi à cause des très nombreuses fleurs observées derrière la plage de leur lieu de débarquement). Les conquistadors pensent alors avoir découvert une grande île et ne comprennent pas qu’elle est reliée au même continent que le Honduras et le Panama que Anton avait visité 10 ans auparavant. Au cours de ce voyage, le navigateur découvre un courant marin chaud qui part entre la Floride et les Bahamas et qui se dirige vers le nord-est : le Gulf Stream.

En 1515, au moment où commence notre histoire, Anton de Alaminos se trouve à Cuba, prêt à reprendre la mer pour de nouvelles aventures…

Les Taïnos

C’est le peuple qui occupait l’île de Cuba lors de l’arrivée des Espagnols et que nous rencontrons (pas au meilleur de sa forme) dès le prologue de 1515-1519. Les Taïnos peuplaient aussi l’île d’Hispaniola qui fut découverte par Christophe Colomb en 1492, et également Puerto Rico, la Jamaïque et Trinidad. Hispaniola était appelée par les Taïnos Ayiti (« le pays des hautes montagnes ») ce qui a donné Haïti.

Ils vivaient dans des villages dans les clairières des forêts. Toutes leurs maisons (appelées bohio) étaient rondes, sauf celle du chef du village, le cacique, dont la maison était rectangulaire (et appelée caney).

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Reconstitution d’un village taïnos à Cuba

Les Taïnos dormaient dans des hamacs faits de coton. D’ailleurs, le mot hamac est d’origine taïnos, tout comme goyave, ananas et papaye et aussi barbecue.  Ils jouaient avec des balles en caoutchouc (matière inconnue alors en Europe et que les Espagnols ont découvert à leur arrivée). Ils ornaient leurs oreilles et leurs lèvres des bijoux en or ou en argent. Les hommes étaient habillés d’un simple cache-sexe, les femmes mariées d’un pagne de coton et de feuilles. Les femmes non mariées étaient complètement nues. Seuls les caciques pouvaient pratiquer la polygamie.

Leur religion était centrée sur le combat entre deux Dieux : Yukiyu (le Dieu du Bien) et Juracan (le Dieu du Mal). Dans le monde de 1515-1519, chaque Taïno possède un zémi, une petite idole faite de tissu de coton avec des coquillages et des pierres accrochés dessus. Les zémis doivent toujours refléter le monde, comme le dicte la religion des Taïnos, c’est-à-dire que les principaux événements dans la vie d’une personne doivent induire des modifications de la présentation de son idole, sinon il peut plonger dans le Royaume des Ombres et devenir mauvais. Dans le monde dit « réel », les zémis représentaient plutôt les esprits des ancêtres. Ils étaient représentés sous forme de grandes sculptures en bois ou alors sous forme d’amulettes.

Pour finir, voici des mots croisés à remplir avec uniquement des mots d’origine taïnos qui sont d’abord passés en espagnol puis ensuite au français.

MotsCroisésTainosComplet

 

La famille de Charles de Habsbourg

Charles de Habsbourg est un des personnages historiques les plus importants du XVIème siècle et il est logiquement l’un des principaux protagonistes de 1515-1519. On le rencontre brièvement dans la première partie du roman, et c’est dans la deuxième partie où on apprend à bien le connaître.

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Portrait de Charles de Habsbourg vers 1519 par Bernard van Orley 

Charles est né en 1500 à Gand. Son animal-emblème est un aigle à deux têtes, dont nous avons déjà parlé ici.

Grâce à ses parents, il cumule à la fois l’héritage espagnol et l’héritage bourguignon.

GenealogieCharles

Sa mère Jeanne est la fille de Ferdinand et d’Isabelle la Catholique dont le mariage en 1469 a permis de lier la Castille et l’Aragon et de fonder l’Espagne telle qu’on la connait encore aujourd’hui. L’année 1492 a été une année décisive : avec la prise de Grenade, la Reconquista est terminée et toute la péninsule redevient catholique et c’est l’année où Christophe Colomb découvre pour le compte de l’Espagne des îles (San Salvador, Cuba, Hispaniola) qui vont devenir des têtes de pont pour la conquête de l’Amérique.

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Ferdinand et Isabelle la Catholique dont le mariage en 1469 a permis de lier la Castille à l’Aragon. Ce sont les grands parents maternels de Charles.
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Jeanne, alors qu’on la nommait Jeanne Iere de Castille et non pas  Jeanne la Folle (vers 1500, à l’époque de la naissance de son fils Charles)

Jeanne est mariée à Philippe Le Beau dont elle est éperdument amoureuse. Philippe est le fils de Maximilien de Habsbourg, l’Empereur du Saint Empire Romain Germanique et de Marie de Bourgogne. Il meurt assez jeune en 1506, laissant Jeanne veuve et héritière officielle du Royaume de Castille. Cependant, Jeanne est considérée comme folle et enfermée dans un couvent près de Tordesillas. Nous verrons l’état où elle se trouve quelques années plus tard dans 1515-1519.

PhilippeLeBeau
Philippe Le Beau, le père de Charles. Notez le Bélier à la Toison d’Or porté en pendentif.

Marie de Bourgogne, la mère de Philippe et donc la grand-mère paternelle de Charles, est la fille unique du duc de Bourgogne Charles le Téméraire et donc elle apporte de larges et riches territoires (Bourgogne, Brabant, Luxembourg, Artois, Flandre, Hollande…).

Par sa seule existence, Charles fait donc converger sur sa (chétive) personne l’héritage des Habsbourgs (divers domaines dans le sud-ouest de l’Allemangne et le nord de la Suisse mais aussi et surtout les Duchés d’Autriche, de Styrie et de Carinthie dont ils se sont emparés au XIIIème siècle), l’héritage espagnol (Castille, Aragon, mais aussi Naples et la Sicile) et l’héritage bourguignon (que nous venons d’énumérer). Le Royaume de France se trouve donc encerclé de domaines qui risquent d’être unifiés par une même autorité.

Charles est le fils aîné de Jeanne et de Philippe, mais il n’est pas seul. Il a une soeur aînée, Eléonore, de 2 ans plus âgé que lui (remarquez la parfaite symétrie avec Marguerite et François Ier) et aussi trois autres soeurs plus jeunes, dont seule Marie sera évoquée dans la saga. Il a un frère cadet, Ferdinand, de 3 ans plus jeune que lui, surnommé Ferdinando car il est né et a été élevé en Espagne, contrairement à Charles qui n’y a jamais mis les pieds avant le début de 1515-1519. Les relations entre les deux frères seront un des thèmes majeurs de la saga, de même que les relations entre Charles et Eléonore.

Charles, Eléonore et Ferdinand auront des destins hors du commun, que ce soit dans le monde dit « réel » ou dans le monde de 1515-1519.

Tlemcen

Une partie du récit de 1515-1519 se passe en Afrique du Nord, à Oran et à Tlemcen. Oran est une ville portuaire à 400 km à l’ouest d’Alger et Tlemcen est à 140 km au sud-ouest d’Oran.

L’Algérie connait une période mouvementée lorsque s’ouvre notre histoire. En 1492, avec la chute de Grenade, les Espagnols achèvent la Reconquista, entrainant l’expulsion de la plupart des musulmans de la péninsule ibérique qui y étaient installés depuis sept siècles. Beaucoup de réfugiés s’installent en Algérie et y importent l’architecture des villes andalouses, ce qui est particulièrement visible encore aujourd’hui à Tlemcen.

Les côtes algériennes et tunisiennes sont alors contrôlées par les frères Barberousse qui vivent de la piraterie.

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L’un des frères Barberousse, Khayr ad-Dîn

Face à cette menace sur le commerce et notamment sur le transport des marchandises vers Naples et la Sicile (qui appartiennent à l’Espagne), les Espagnols décident de conquérir les côtes d’Afrique du Nord et ils prennent Oran et Tlemcen en 1509. Le Cardinal Cisneros (que nous rencontrerons dans 1515-1519) participe à cette conquête et n’hésite pas à raser les mosquées et à construire des églises à la place.

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Le Cardinal Cisneros (salle capitulaire de la cathédrale de Tolède)

Tlemcen est cependant reprise assez rapidement par les Barberousses et lorsque commence notre récit seul Oran est tenu par les Espagnols. La reprise de Tlemcen est un enjeu essentiel : c’est une ville stratégique importante car elle est entourée de terres fertiles et contrôle tout l’arrière-pays. Et bien sûr, il faut reconquérir Alger qui est le principal bastion des pirates. De plus, les frères Barberousse ont prêté allégeance au Sultan de l’Empire Ottoman, le grand ennemi à l’est de la Méditerranée qui ainsi prend pied à l’ouest.

Tlemcen est cernée de remparts assez rudimentaires et réparées de nombreuses fois à la hâte mais la ville est couronnée par la citadelle El Mechouar aux murs élevés, construite du temps où les Berbères du Royaume Zianide contrôlaient la cité. Cette forteresse rectangulaire possède aux quatre coins des tours rondes surmontées de dômes aplatis. Une mosquée se trouve à l’intérieur et, lors de la prise initiale par les Espagnols, le minaret n’a échappé au zèle de Cisneros que parce que sa hauteur en faisait une tour défensive efficace.

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Le minaret de la citadelle de Tlemcen
Mechouar,Tlemcen.
Intérieur du Palais Mechouar à Tlemcen

La conquête de cette ville constitue donc un défi que des héros de notre histoire vont devoir relever. D’autant plus que dans le monde de 1515-1519 les Barberousses ont acquis chez le Sultan Ottoman des pouvoirs magiques assez terrifiants…