Le château de Blois

Le château de Blois constitue un magnifique décor pour quelques scènes de 1515-1519. Nous avions déjà évoqué l’autre château le long de la Loire que François Ier aimait également : le château d’Amboise.

Le château de Blois est actuellement un château composite avec une partie gothique flamboyante, une partie Renaissance et une partie de style classique (XVIIème siècle). Le premier château est construit au XIIIème siècle sur une colline où s’était dressée auparavant « une grosse tour » construite par Thibaud le Tricheur, un Comte du Xème siècle qui avait changé de vassal, trahissant le père d’Hugues Capet, le fondateur de la dynastie des Capétiens. Logiquement, l’Histoire n’a pas été tendre avec lui et les chroniqueurs des Capétiens l’ont donc surnommé le Tricheur.

Bien plus tard, le Comte de Blois Charles d’Orléans est fait prisonnier par les Anglais après la désastreuse bataille d’Azincourt en 1415. Le château sans son propriétaire est visité par Jeanne d’Arc en 1429 juste avant son départ pour lever le siège d’Orléans. Après 25 ans de captivité, Charles d’Orléans peut enfin revenir à Blois. Son fils naît au château et devient plus tard le Roi Louis XII en 1498. Il entreprend la reconstruction du château dans le style gothique flamboyant et se fait triomphalement représenté au-dessus de l’entrée.

LouisXIIBlois
Louis XII à cheval au dessus de l’entrée du château. Photo : Christophe Finot
Louis XII à cheval au dessus de l’entrée du château. Photo : Christophe Finot

On peut remarquer sous les pattes du cheval, un porc-épic, l’animal-emblème de Louis XII (offert par les fantômes de tous les Rois de France qui l’ont précédé dans l’univers de 1515-1519). La devise de Louis XII est « Qui s’y frotte, s’y pique » !

Le-Porc-Epic-

En 1515, François Ier va ajouter une nouvelle aile avec un magnifique escalier. L’architecte est italien : Domenico da Cortona. Douze ans seulement séparent les ailes Louis XII et François Ier mais le saut architectural est immense !

AileBlois

Signalons que cette aile devait être détruite lors de la reconstruction en style classique de tout le château par Gaston d’Orléans, le troisième fils d’Henri IV selon les plans de François Mansart. Heureusement, à court d’argent, Gaston d’Orléans a dû interrompre le chantier en 1638 !

Si vous voulez visiter le château, c’est par ici.

La salamandre de François Ier

Dans le monde de « 1515-1519 » les animaux-emblèmes sont confiés à certains Rois (pas à tous…) par les fantômes de leurs prédécesseurs. Ils leur servent d’animal de compagnie mais aussi pour surveiller ou comme guerrier d’élite lors des combats. Nous avons déjà évoqué l’aigle à deux têtes de Charles de Habsbourg. Voici le moment d’évoquer la salamandre géante qui crache des flammes de François Ier.

Elle ressemble à un lézard géant avec une tête très aplatie et avec une longue queue effilée. Sa peau est chaude, douce et luisante avec des couleurs irisées. Elle est invisible aux yeux du commun des mortels (la Reine Claude a manqué plus d’une fois de lui marcher sur la queue). Elle a l’habitude de se prélasser au coin du feu, voire dans le feu. Lors qu’un ensemble de bûches s’écroule dans les grandes cheminées des châteaux où réside François Ier, ce n’est pas toujours dû aux effets de la combustion !

Nous retrouvons des traces de l’animal partout sur les murs du château de Blois et au château de Chambord (plus de 300 représentations dans ce dernier : François Ier était très attaché à son animal-emblème !).

salamander-886618Pixabay
Salamandre royale entourée d’angelots au château de Blois. C’est à partir de cette photo qu’a été réalisée la couverture du livre.

On trouve une devise associée à la salamandre : « Nutrisco et extinguo » : je nourris (le bon feu) et j’éteins (le mauvais).

NutriscoEtExtingo
Salamandre royale avec sa devise au château d’Azay-le-Rideau

Très logiquement, on trouve aussi la salamandre sur le blason de la ville du Havre que François Ier a fondée en 1517.

Le Havre

La salamandre est un animal classique du bestiaire médiéval. On la disait « maitresse des éléments » car elle peut vivre autant sur terre que dans l’eau (c’est un Amphibien) et aussi résister aux flammes. Cette dernière croyance a pour origine le fait que les salamandres hibernent souvent accrochées à des souches d’arbres. Lorsqu’on prenait ces souches en hiver pour les mettre à brûler on pouvait voir la salamandre s’échapper des flammes, toujours vivante, car protégée par sa peau humide pendant le temps nécessaire pour se réveiller et s’enfuir ! Dans l’Antiquité, Pline l’Ancien (autour de 50 ap JC) la mentionnait déjà dans son Histoire Naturelle en relation avec le feu : « la salamandre est si froide qu’elle éteint le feu lorsqu’elle le touche ».

Pour François Ier, la salamandre et sa devise symbolisaient sans doute que la foi chrétienne (le bon feu) pouvait éteindre les flammes de l’Enfer (le mauvais feu).

Quant à la taille de l’animal, si elle vous parait exagérée dans le monde de « 1515-1519 » sachez qu’il existe des salamandres géantes en Chine qui peuvent mesurer jusqu’à 1,80 m de long !

GIANT-SALAMANDER

Le Castel Sant’Angelo

Il s’agit d’une forteresse qui se dresse sur les bords du Tibre à Rome. Dans l’univers de 1515-1519, du Castel part un souterrain sous le fleuve où sont stockés les morts-vivants de l’armée papale, la fraîcheur des lieux limitant leur décomposition.

Castel Sant'Angelo
Le Castel Sant’Angelo vu depuis l’autre côté du Tibre

Ce qui est devenu une forteresse à disposition du Pape était à l’origine un mausolée, celui de l’Empereur Hadrien. Il est achevé en 139 et ses cendres y sont déposées. Les cendres de ses successeurs y trouveront également place jusqu’en 217. Les temps devenant incertains pour Rome, l’édifice perd sa fonction funéraire pour acquérir sa fonction militaire. Il est intégré à la muraille aurélienne en 403. Lors d’une attaque des Goths, les défenseurs de Rome vont utiliser les statues de bronze qui ornent le Castel comme projectile !

Et pourquoi s’appelle-t-il Sant’Angelo (Saint-Ange) ? En 590, Rome est ravagée par la peste. Le Pape de l’époque, Grégoire Ier, a une vision : l’Archange Michel lui apparaît au sommet du Castel et cela correspond au début de la fin de l’épidémie !

Le Castel est situé un peu à l’écart du Palais Apostolique. C’est pourquoi le Pape Nicolas III fait bâtir en 1277 un couloir long de 800 mètres, suspendu sur des piliers, joignant le Palais et le Castel: le Passetto di Borgo.

On voit à droite le Passetto di Borgo cheminer entre le Castel et les bâtiments à côté de la Basilique Saint Pierre. Signalons que la Basilique est en construction au moment où se déroulent les romans.
800px-Passetto
Passetto di Borgo aujourd’hui. Le couloir se trouve sous les créneaux, à l’endroit où on voit les meurtrières dans le mur.

A la Renaissance, le Pape Borgia, Alexandre VI l’utilisera pour s’échapper du Palais apostolique et se réfugier dans le Castel lors de l’arrivée des troupes françaises menées par Charles VIII en 1494. C’est que la vie d’un Pape n’était guère tranquille à cette époque !

Le Castel Sant’Angelo est donc à l’origine un mausolée. Donc pas étonnant que dans 1515-1519, le Pape y ait installé ses morts-vivants. On raconte aussi que les couloirs du Castel sont hantés par le fantôme de l’Empereur Hadrien, mais chut… c’est une histoire qui sera contée une autre fois.

Si ce monument vous intéresse vous pouvez suivre cette conférence :

Guillaume de Montmorency

Ayne de Montmorency est l’un des principaux personnages de 1515-1519. Son prénom dans le monde dit « réel » est Anne qui à l’époque était un prénom à la fois pour les hommes et pour les femmes.

Aujourd’hui, nous allons nous attarder sur son père, Guillaume, que nous rencontrons dans la deuxième partie du livre. C’est le Baron de Montmorency et le Seigneur de Chantilly. Montmorency se trouve dans le Val d’Oise, à 13 km au nord de Paris. Chantilly est encore un peu plus au nord. Il ne reste actuellement rien du château de Montmorency où nous rencontrons le Baron dans 1515-1519. En 1708, il ne restait déjà plus que le donjon, qui a été détruit à son tour à la Révolution Française.

Donjon_du_vieux_Château_de_Montmorency_en_1708
Donjon au milieu des ruines du château de Montmorency en 1708

Guillaume de Montmorency est né en 1463. Ce n’est pas le fils aîné mais son père déshérite ses deux premiers fils à la suite de disputes et c’est Guillaume qui hérite de ses titres. Les fils déshérités (et leurs descendants) tenteront en vain de récupérer ces titres par de longues procédures judiciaires, mais aucune n’aboutira.

Guillaume_de_Montmorency
Portrait de Guillaume de Montmorency, vers 1520 (anonyme)

Guillaume devient le chambellan du Roi de France Charles VIII (celui qui meurt en heurtant le linteau à Amboise), puis le Superintendant des Eaux et Forêts de son successeur Louis XII (poste stratégique car qui dit « forêts », dit « chasse », activité prisée par les Rois). Il est également nommé Gouverneur du Château de Saint-Germain-en-Laye. Il participe glorieusement à la campagne d’Italie de 1499-1500. En 1503, il devient Gouverneur de la Bastille Saint-Antoine (la « Bastille »), qui, à l’époque, était un fort défensif de la porte orientale de la capitale et n’était utilisé qu’occasionnellement comme prison. Guillaume fait reconstruire la chapelle du château de Chantilly et obtient en 1515, par une bulle pontificale de Léon X, le droit d’y faire célébrer la messe et tous les autres sacrements.

BlasonMontmorency
Blason des Montmorency formé « d’or à la croix de gueules cantonnée de seize alérions d’azur ordonnés 2 et 2 »

Ayne de Montmorency a donc un père à la carrière prestigieuse et un des ses ancêtres, Mathieu II de Montmorency, a été Grand Connétable de France, et s’était particulièrement illustré par de hauts faits d’armes à la bataille de Bouvines (27 juillet 1214, opposant Philippe Auguste au Saint Empire Romain Germanique allié à l’Angleterre). Mathieu II de Montmorency avait notamment enlevé douze étendards impériaux et depuis, le blason des Montmorency n’a plus seulement 4 alérions, comme initialement, mais 16 (= 4 + 12) !

On comprend donc la volonté et l’impatience d’Ayne à accéder à des postes prestigieux pour faire honneur à sa noble lignée.

Le château d’Amboise

Amboise est une ville sur les bords de la Loire entre Blois et Tours. C’est une étape traditionnelle de pèlerinage vers Saint Martin de Tours puis vers Saint Jacques de Compostelle. Son château surplombe la Loire sur un promontoire rocheux et c’est une résidence royale. De nombreuses scènes s’y déroulent dans 1515-1519.
Charles VIII fait reconstruire le château médiéval existant à partir de 1492. Il aménage un fossé entre le donjon et le plateau au-dessus de la Loire et y installe un terrain de jeu de paume. Ce terrain est surmonté de trois galeries superposées à arcades où la Cour peut venir voir les joueurs. La passion du jeu de paume sera fatale au Roi : Charles VIII trouve la mort au château d’Amboise par hémorragie cérébrale en se heurtant au linteau d’une porte de la galerie Hacquelebac. Il était pressé d’aller jouer à son sport favori !
Son successeur Louis XII poursuit les travaux et il y ajoute une aile de style Renaissance. C’est dans ce château que François Ier passe son enfance avec ses amis Ayne de Montmorency et Marin de Montchenu.
Amboise
Comme il est raconté dans 1515-1519, c’est aussi dans ce château que François Ier prendra l’une des décisions les plus importantes de toute son existence…

Pour visiter ce qu’il reste du château d’Amboise, suivre ce site.