La couronne de plumes de Moctezuma

Dans le monde de 1515…, les peuples d’Amérique Centrale sont des hommes qui ont des plumes à la place des poils. Cela ne leur permet pas de voler à proprement parler mais cela leur permet de faire quelques prouesses acrobatiques, bien utiles dans les combats, que vous découvrirez dans les livres.

Dans le monde dit réel, les plumes avaient une importance toute particulière pour les Aztèques. L’un de leurs Dieux, Quetzalcoatl, est un serpent qui a des plumes à la place des écailles. Huitzilopochtli, le Dieu de la guerre et du Soleil a pour symbole le colibri et sa mère Coatlicue, déesse de la Terre, l’aurait mis au monde après être tombée enceinte en ayant mis dans son corsage une boule de plumes qu’elle avait trouvée sur son chemin (!)

Les plumes étaient utilisées pour des ornementations sur les habits des dignitaires de haut rang. Il est normal que le tlatoani (l’Empereur) ait eu les plus beaux et impressionnants ornements de plume. La couronne attribuée à Moctezuma est indéniablement imposante.

Elle fait 1,16 mètre de hauteur. Les plumes vertes sont celles du quetzal, un oiseau d’Amérique centrale. Le nom de cet oiseau vient du nahuatl, la langue des Aztèques, et veut dire grande plume verte.

Les plumes sont maintenues ensemble par une frise en or. L’authenticité de cette couronne fait débat pour certains spécialistes, mais sa présence est attestée en 1575 dans les collections des Habsbourgs d’Autriche qui l’ont obtenu sans doute de leur branche espagnole. La couronne de plumes se trouve actuellement dans un musée à Vienne, mais le Mexique demande en vain sa restitution depuis plusieurs années.

Le quetzal représente toujours à l’heure actuelle un symbole associé au pouvoir puisqu’il se trouve sur les armoiries du Guatemala.

Les tours de crânes de Tenochtitlan

Dans « 1520-1522 » est évoqué la présence de tours de crânes humains dans la capitale aztèque. Ce n’est absolument pas une invention romanesque (hélas !)

Depuis 2015, des fouilles archéologiques à Mexico ont permis de déterrer près du site du Grand Temple (la double pyramide que vous pouvez admirer ici) les preuves de l’existence de ces tours.

Les fouilles archéologiques ont permis de montrer que les crânes étaient entourés de mortier pour que les deux tours ne s’effondrent pas.

Les archéologues pensent qu’il s’agit des crânes de sacrifiés dont les têtes avaient été initialement exposées sur un tzompantli (en nahuatl cela veut dire « mur de crânes »), une structure en bois évoquant plusieurs bouliers géants en parallèle où les boules sont les têtes !

Un tzompantli dans la Codex Duran (un missionnaire espagnol (1537-1588) qui s’est intéressé à la culture des Aztèques)

Le tzompantli de Tenochtitlan faisait 36 mètres de long et 4 mètres de haut.

Puis, une fois les crânes bien desséchés, ils étaient utilisés pour construire deux tours latérales en utilisant du mortier pour stabiliser l’ensemble.

Reconstitution de l’ensemble des tzompantli et des deux tours. Source : Science Magazine

Les tours faisaient 5 mètres de diamètre. Pour l’instant, elles n’ont pas été entièrement extraites du sol mais elles devaient faire probablement plus de 2 mètres de hauteur.

Une analyse sur les crânes déjà découverts a montré qu’ils appartenaient à 75% à des hommes entre 20 et 35 ans, 20% à des femmes et 5% à des enfants. On estime que l’ensemble de la structure devait être composée au minimum de 10.000 crânes.

Comment nos conquistadors vont-ils réagir en découvrant ce genre de « monuments » ? Vous le saurez bien sûr en lisant « 1515-1519 » et « 1520-1522 » !

L’obsidienne

L’obsidienne est une roche volcanique noire, très riche en silice, et elle s’apparente à du verre. Elle est obtenue lorsqu’une lave d’une composition particulière crachée depuis un volcan refroidit très vite, ne laissant pas de temps à des cristaux de se former.

Lorsqu’on taille cette roche, les bords sont très tranchants et cela n’a pas échappé à nos ancêtres d’il y a 700 000 ans. C’est de cette époque que datent les premières obsidiennes taillées et leur utilisation comme arme pour la chasse et pour découper la viande.

Les civilisations d’Amérique Centrale ont utilisé l’obsidienne à une échelle « industrielle » et parmi elles la civilisation aztèque que nous rencontrons dans « 1515-1519 ». L’obsidienne a été tellement intégrée dans la vie quotidienne et utilisée en masse que c’est sans doute une explication à l’absence de métallurgie. L’obsidienne remplaçait efficacement le fer.

Les sources d’obsidienne sont abondantes en Amérique Centrale mais assez peu étendue géographiquement, essentiellement dans une région de l’actuel Mexique et une région de l’actuel Guatemala, ce qui fait que le contrôle de ces régions a été un enjeu stratégique majeur.

Parmi les armes les plus typiques des Aztèques figure le macuahuitl. Il s’agit de longs bâtons aplatis ornés de lames d’obsidienne.

Guerriers aztèques avec des macuahuitls. Extrait du Codex de Florence, qui est un exemplaire manuscrit de « L’Histoire générale des choses de la Nouvelle-Espagne », une encyclopédie du monde aztèque écrite par le moine franciscain Bernardino de Sahagun de 1558 à 1577.
Reconstitution d’un macuahuitl

Les Aztèques considéraient que l’obsidienne était le sang noir de la terre qui avait coagulé. Elle était d’ailleurs fréquemment utilisée pour des rituels d’auto-scarification (le sang de la terre qui fait couler le sang de l’homme).

De manière moins sanglante, l’obsidienne était aussi utilisée pour les miroirs.

Miroir en obsidienne aztèque (exposé au British Museum)

Vous verrez dans « 1515-1519 » et dans « 1520-1522 » que l’obsidienne était une bénédiction pour les Aztèques… jusqu’à l’arrivée des Espagnols.

Dans un autre contexte, signalons que l’obsidienne est représentée dans « Game of Thrones » en tant que verre-dragon (dragon glass) avec une utilisation qui est essentielle pour la survie des héros ! (quoique l’acier valyrien fait aussi très bien le travail…)

Est-ce que l’obsidienne serait aussi efficace contre les morts-vivants de l’armée du Pape de l’univers de 1515 ? Eh bien, pourquoi ne pas essayer ?

Tlaloc

Une partie de l’intrigue de la deuxième partie de « 1515-1519 » se passe en Amérique centrale chez les Aztèques. C’est l’occasion d’en savoir un peu plus sur leurs coutumes et leurs (très) nombreux Dieux.

Tlaloc est brièvement évoqué dans notre histoire. Il s’agit du Dieu des pluies, de la foudre et de l’agriculture, d’où l’expression rituelle : « Que Tlaloc rende vos champs prospères ».

Tlaloc
Tlaloc, le Dieu des pluies, de la foudre et de l’agriculture des Aztèques

Son nom veut dire « celui qui fait ruisseler les choses ». Il vit au sommet des montagnes avec ses deux compagnes,  Chalchiuhtlicue, la déesse des eaux douces, et Huixtociahuatl, la déesse des eaux salées. Les Aztèques dont la population est en forte croissance à l’époque de notre récit étaient très vulnérables à des événements météorologiques tels que la sécheresse ou les cyclones. Tlaloc était donc un des Dieux majeur du panthéon Aztèque. Cinq des dix-huit mois de l’année rituelle aztèque étaient consacrés à des cérémonies en son honneur. Certaines de ces cérémonies comportaient des sacrifices d’enfants. Si les enfants pleuraient pendant la cérémonie, c’était un bon présage…

A Tenochtitlan, la capitale aztèque construite sur un lac à l’emplacement de l’actuel Mexico, le plus grand temple appelé Templo Mayor (par les Espagnols) était en réalité un temple double avec deux volées de marches parallèles : l’une menait au temple de Tlaloc, l’autre au temple de Huitzilopochtli, le Dieu du Soleil.

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Reconstitution du centre de Tenochtitlan, avec le Templo Mayor à gauche et ses deux volées de marches. A son sommet, le temple de gauche est dédié à Tlaloc (Dieu de la pluie) et celui de droite à Huitzilopochtli (Dieu du Soleil).

Les représentations de Tlaloc chez les Aztèques étaient très proches de celles du Dieu Chaac des Mayas, qui était aussi le Dieu de la pluie, révélant ainsi une continuité dans les croyances des deux peuples.