Le cheval perdu de Léonard de Vinci

Dans les années 1480 et 1490, Léonard de Vinci est au service du Duc de Milan, Ludovic Sforza qui est le père de Massimiliano Sforza que nous rencontrons dans la première partie de « 1515-1519 » et de son frère Francesco Sforza que nous rencontrons dans la deuxième partie du livre.

En 1482, Ludovic Sforza propose à Léonard de Vinci de réaliser la plus grande statue équestre du monde à la gloire de son père Francesco Sforza, qui avait installé les Sforza à la tête du Duché de Milan en 1450. Léonard relève le défi et prévoit effectivement un cheval d’une taille démesurée.

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Echelle de taille entre le cheval prévu pour la statue équestre du Duc de Milan et Léonard (qui était lui-même grand pour l’époque !)

Suivant son habitude, Léonard prend son temps et pendant des années il couvre ses carnets de dessins anatomiques de chevaux.

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Du coup, personne ne saura mieux peindre et dessiner les chevaux que lui et comme c’est mentionné dans « 1515-1519 » Léonard aidera d’autres artistes comme Raphaël à peindre des chevaux.

Un moment, Léonard envisage de faire un cheval cabré et remplit ses carnets de calculs et de figures géométriques pour prévoir la répartition des poids et résoudre les problèmes d’équilibre. Mais il renonce devant la difficulté de la tâche et revient à une configuration plus classique avec un cheval en marche reposant sur deux pattes, une avant et une arrière en opposition. Pendant ce temps, Ludovic Sforza s’impatiente et s’énerve que Léonard s’intéresse plus au cheval qu’au cavalier ! Il cherche d’autres sculpteurs mais personne n’ose se confronter à Léonard de Vinci.

Léonard finit par se lancer dans la réalisation concrète du projet mais il souhaite faire d’abord un modèle en plâtre à la taille prévue avant de mobiliser les 100 tonnes de bronze (!) nécessaires à la statue réelle. Le modèle en plâtre est dévoilé en 1494 à l’occasion du mariage de la nièce du Duc de Milan avec Maximilien du Saint Empire (le grand-père paternel de Charles de Habsbourg). Il fait sensation. Dans la foulée, porté par l’enthousiasme, Léonard réalise les moules nécessaires pour couler les 100 tonnes de bronze. Mais la guerre avec la France éclate ! Le bronze est plutôt utilisé pour fabriquer des canons. Lorsqu’en 1499, les Français de Louis XII envahissent Milan, Léonard doit fuir et le modèle en plâtre de son immense cheval est détruit par les arbalétriers français qui s’en servent comme cible pour s’entraîner (un cheval de plus de 7 mètres, ça devrait aller comme cible, même pour des débutants ! Mais j’imagine qu’ils devaient « s’amuser » à viser des parties précises de l’animal plutôt que l’animal en tant que tel). Les moules qui avaient été préparés sont perdus, sans doute recyclés pour un usage militaire.

Depuis, diverses tentatives de reconstitution du cheval de Léonard ont eu lieu à différentes échelles mais personne ne saura jamais à quoi aurait vraiment ressemblé l’oeuvre de Léonard si elle avait été achevée.

La salamandre de François Ier

Dans le monde de « 1515-1519 » les animaux-emblèmes sont confiés à certains Rois (pas à tous…) par les fantômes de leurs prédécesseurs. Ils leur servent d’animal de compagnie mais aussi pour surveiller ou comme guerrier d’élite lors des combats. Nous avons déjà évoqué l’aigle à deux têtes de Charles de Habsbourg. Voici le moment d’évoquer la salamandre géante qui crache des flammes de François Ier.

Elle ressemble à un lézard géant avec une tête très aplatie et avec une longue queue effilée. Sa peau est chaude, douce et luisante avec des couleurs irisées. Elle est invisible aux yeux du commun des mortels (la Reine Claude a manqué plus d’une fois de lui marcher sur la queue). Elle a l’habitude de se prélasser au coin du feu, voire dans le feu. Lors qu’un ensemble de bûches s’écroule dans les grandes cheminées des châteaux où réside François Ier, ce n’est pas toujours dû aux effets de la combustion !

Nous retrouvons des traces de l’animal partout sur les murs du château de Blois et au château de Chambord (plus de 300 représentations dans ce dernier : François Ier était très attaché à son animal-emblème !).

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Salamandre royale entourée d’angelots au château de Blois. C’est à partir de cette photo qu’a été réalisée la couverture du livre.

On trouve une devise associée à la salamandre : « Nutrisco et extinguo » : je nourris (le bon feu) et j’éteins (le mauvais).

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Salamandre royale avec sa devise au château d’Azay-le-Rideau

Très logiquement, on trouve aussi la salamandre sur le blason de la ville du Havre que François Ier a fondée en 1517.

Le Havre

La salamandre est un animal classique du bestiaire médiéval. On la disait « maitresse des éléments » car elle peut vivre autant sur terre que dans l’eau (c’est un Amphibien) et aussi résister aux flammes. Cette dernière croyance a pour origine le fait que les salamandres hibernent souvent accrochées à des souches d’arbres. Lorsqu’on prenait ces souches en hiver pour les mettre à brûler on pouvait voir la salamandre s’échapper des flammes, toujours vivante, car protégée par sa peau humide pendant le temps nécessaire pour se réveiller et s’enfuir ! Dans l’Antiquité, Pline l’Ancien (autour de 50 ap JC) la mentionnait déjà dans son Histoire Naturelle en relation avec le feu : « la salamandre est si froide qu’elle éteint le feu lorsqu’elle le touche ».

Pour François Ier, la salamandre et sa devise symbolisaient sans doute que la foi chrétienne (le bon feu) pouvait éteindre les flammes de l’Enfer (le mauvais feu).

Quant à la taille de l’animal, si elle vous parait exagérée dans le monde de « 1515-1519 » sachez qu’il existe des salamandres géantes en Chine qui peuvent mesurer jusqu’à 1,80 m de long !

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Un rhinocéros pour le Pape

Parmi le bestiaire (fourni) de 1515-1519, vous rencontrerez un rhinocéros qui sera sur un bateau en chemin du Portugal vers Rome. Et cette partie de l’histoire s’est déroulée de la même manière dans le monde du livre et dans le monde « dit réel ».

Ce rhinocéros a été capturé à l’ouest de l’Inde, dans l’Etat de Gujarat par le Sultan qui régnait à l’époque sur ces terres. Il l’offrit en cadeau aux Portugais qui colonisaient des territoires au sud de Gujarat, nommés Goa. Le Gouverneur de Goa décida d’envoyer l’animal au Portugal pour le montrer au Roi Manuel Ier. Le rhinocéros embarqua en Janvier 1515 sur un bateau par ailleurs chargé d’épices. Il arriva à Lisbonne en Mai. C’était la première fois depuis l’Empire Romain (donc depuis plus de 1000 ans) qu’un rhinocéros foulait le sol européen. L’animal suscita une énorme curiosité et toute l’Europe fut bientôt au courant. A Nuremberg, le grand peintre et graveur Albrecht Dürer (que nous rencontrons aussi dans 1515-1519) en fait une célèbre gravure sur bois, sans l’avoir jamais vu, en utilisant juste les descriptions et les croquis que les voyageurs en ont fait.

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La gravure comporte d’ailleurs un certain nombre d’erreurs : il y a une pointe à la base de la nuque de l’animal qui n’existe pas chez un rhinocéros et qui ressemble à une petite dent de narval. La peau ressemble plus à une carapace articulée de Crustacé qu’à la peau d’un vrai rhinocéros. Les pattes ont des écailles comme un reptile. Dürer représente donc une chimère, interprétant le rhinocéros comme un animal fantastique (mais à l’époque la frontière entre le fantastique et le réel était très ténue en zoologie !).

Manuel Ier fit défiler le rhinocéros dans les rues de Lisbonne et organisa même un combat avec un jeune éléphant. L’éléphant, apeuré par les cris de la foule, courut se réfugier dans un enclos et le rhinocéros a été déclaré vainqueur par forfait.

Lorsque Manuel Ier se lassa du rhinocéros et que l’effervescence retomba à Lisbonne, le Roi du Portugal décida de l’offrir au Pape Léon X. On fit embarquer l’animal en Décembre 1515 sur le João de Pina. Le bateau contourna la péninsule ibérique et il fit escale au large de Marseille, sur l’île d’If (où il n’y avait pas encore de château pour la simple et bonne raison que François Ier n’avait pas encore décidé d’en construire un à cet endroit).

Et que s’est-il passé ensuite ? Il suffit de lire 1515-1519 pour le savoir…

La tarasque

La tarasque est un monstre que vont rencontrer nos héros à plusieurs reprises au cours du récit de 1515-1519.

C’est un animal à tête de lion mais avec des traits étonnamment humains, six courtes pattes prolongées par des griffes tranchantes comme des lames, une carapace de tortue et une queue écailleuse munie d’une extrémité en forme de pointe de flèche. Son sang est orange. Le mâle possède des pointes dorsales sur ses écailles sagittales.  La tarasque aime les endroits obscurs et peut rester tapie plusieurs semaines dans les eaux d’une rivière ou d’un fleuve.

Tarasque

Dans le monde « dit réel » la tarasque est un animal du folklore provençal. Elle est décrite dans La légende dorée de Jacques de Voragine (vers 1260). D’après la légende, Sainte Marthe a soumis la bête grâce à sa croix et à de l’eau bénite et la tarasque se laissa mener en laisse. La tarasque finit tout de même par être tuée par huit courageux jeunes gens qui fondèrent ensuite les villes de Tarascon et de Beaucaire.

Les fêtes de la tarasque à Tarascon font désormais partie du patrimoine immatériel de l’humanité de l’UNESCO depuis 2005.  Ces festivités ont été créées par René d’Anjou, le Comte de Provence, en 1469. Elles se déroulaient alors sur deux jours, le second dimanche après la Pentecôte, et reprenaient ensuite le 29 juillet pour la fête de Marthe, patronne de Tarascon. On accusait, la tarasque de rompre de ses coups de queue les barrages qui empêchaient les eaux d’inonder la Camargue et ces fêtes étaient organisées pour lui faire peur et lui rappeler sa domination par Sainte Marthe.

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Fête de la tarasque à Tarascon avec une petite Sainte Marthe (une naine ou une jeune fille) qui traîne en laisse une tarasque (vieille carte postale colorisée datant des années 1930)

La Tarasque fait également partie du bestiaire de la procession des fêtes de Ciutat Vella (vieille ville) de Barcelone, depuis au moins le XVIème siècle.

Dans 1515-1519, la rencontre avec une tarasque va provoquer des conséquences dramatiques pour un personnage en particulier, au cours d’une scène spectaculaire.

Magnifique vidéo expliquant l’origine de la légende de la tarasque couplé avec la création d’une belle illustration.

Article pour en savoir plus.

L’aigle à deux têtes

Dans 1515-1519, l’aigle à deux têtes est l’animal-emblème de Charles de Habsbourg. Il a un plumage noir et une queue garnie de longues plumes ramifiées. Les deux têtes ont l’habitude de pousser chacun un cri avec un léger décalage temporel. L’aigle est invisible sauf pour Charles ou pour toute autre personne que Charles choisit.

Dans le monde « réel », l’aigle à deux têtes était bien le symbole de la dynastie des Habsbourgs mais il a été le symbole de beaucoup d’autres dynasties, de royaumes et d’empires. L’aigle est un symbole de pouvoir et de domination. Les deux têtes qui regardent vers des côtés opposés symbolisent la vigilance et le vaste territoire à surveiller.

Le premier peuple à utiliser cette symbolique sont les Hittites qui contrôlaient la région de la Turquie actuelle entre 1600 et 1200 av JC.

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Vestiges hittites à Alaca Höyük, Turquie

Les Byzantins ont repris ce symbole, notamment les derniers Empereurs de la dynastie des Paléologues de 1261 à 1453.

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Insigne impérial dans la Bible personnelle de Demetrios Paléologue (1407-1470)

Il faut croire que la surveillance par l’aigle n’a pas été assez efficace puisque Byzance a été conquise par l’Empire Ottoman en 1453, marquant la fin de cette dynastie !

L’aigle à deux têtes a aussi été utilisé en Russie et en Serbie.

Il est utilisé depuis le XIIIème siècle par les Empereurs du Saint Empire Romain Germanique et est ainsi nommé le Reichsadler. Il a évolué à partir d’une forme d’aigle avec une seule tête (une mutation ?)

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Armoiries de Sigismond de Luxembourg, Empereur de 1433 à sa mort en 1437

De tout ceci découle que Charles de Habsbourg n’est surement pas le seul à avoir eu l’aigle à deux têtes comme animal-emblème. Peut-être qu’un jour, son aigle rencontrera un congénère…ou peut-être qu’un jour son aigle va le quitter !