Les tours de crânes de Tenochtitlan

Dans « 1520-1522 » est évoqué la présence de tours de crânes humains dans la capitale aztèque. Ce n’est absolument pas une invention romanesque (hélas !)

Depuis 2015, des fouilles archéologiques à Mexico ont permis de déterrer près du site du Grand Temple (la double pyramide que vous pouvez admirer ici) les preuves de l’existence de ces tours.

Les fouilles archéologiques ont permis de montrer que les crânes étaient entourés de mortier pour que les deux tours ne s’effondrent pas.

Les archéologues pensent qu’il s’agit des crânes de sacrifiés dont les têtes avaient été initialement exposées sur un tzompantli (en nahuatl cela veut dire « mur de crânes »), une structure en bois évoquant plusieurs bouliers géants en parallèle où les boules sont les têtes !

Un tzompantli dans la Codex Duran (un missionnaire espagnol (1537-1588) qui s’est intéressé à la culture des Aztèques)

Le tzompantli de Tenochtitlan faisait 36 mètres de long et 4 mètres de haut.

Puis, une fois les crânes bien desséchés, ils étaient utilisés pour construire deux tours latérales en utilisant du mortier pour stabiliser l’ensemble.

Reconstitution de l’ensemble des tzompantli et des deux tours. Source : Science Magazine

Les tours faisaient 5 mètres de diamètre. Pour l’instant, elles n’ont pas été entièrement extraites du sol mais elles devaient faire probablement plus de 2 mètres de hauteur.

Une analyse sur les crânes déjà découverts a montré qu’ils appartenaient à 75% à des hommes entre 20 et 35 ans, 20% à des femmes et 5% à des enfants. On estime que l’ensemble de la structure devait être composée au minimum de 10.000 crânes.

Comment nos conquistadors vont-ils réagir en découvrant ce genre de « monuments » ? Vous le saurez bien sûr en lisant « 1515-1519 » et « 1520-1522 » !

L’obsidienne

L’obsidienne est une roche volcanique noire, très riche en silice, et elle s’apparente à du verre. Elle est obtenue lorsqu’une lave d’une composition particulière crachée depuis un volcan refroidit très vite, ne laissant pas de temps à des cristaux de se former.

Lorsqu’on taille cette roche, les bords sont très tranchants et cela n’a pas échappé à nos ancêtres d’il y a 700 000 ans. C’est de cette époque que datent les premières obsidiennes taillées et leur utilisation comme arme pour la chasse et pour découper la viande.

Les civilisations d’Amérique Centrale ont utilisé l’obsidienne à une échelle « industrielle » et parmi elles la civilisation aztèque que nous rencontrons dans « 1515-1519 ». L’obsidienne a été tellement intégrée dans la vie quotidienne et utilisée en masse que c’est sans doute une explication à l’absence de métallurgie. L’obsidienne remplaçait efficacement le fer.

Les sources d’obsidienne sont abondantes en Amérique Centrale mais assez peu étendue géographiquement, essentiellement dans une région de l’actuel Mexique et une région de l’actuel Guatemala, ce qui fait que le contrôle de ces régions a été un enjeu stratégique majeur.

Parmi les armes les plus typiques des Aztèques figure le macuahuitl. Il s’agit de longs bâtons aplatis ornés de lames d’obsidienne.

Guerriers aztèques avec des macuahuitls. Extrait du Codex de Florence, qui est un exemplaire manuscrit de « L’Histoire générale des choses de la Nouvelle-Espagne », une encyclopédie du monde aztèque écrite par le moine franciscain Bernardino de Sahagun de 1558 à 1577.
Reconstitution d’un macuahuitl

Les Aztèques considéraient que l’obsidienne était le sang noir de la terre qui avait coagulé. Elle était d’ailleurs fréquemment utilisée pour des rituels d’auto-scarification (le sang de la terre qui fait couler le sang de l’homme).

De manière moins sanglante, l’obsidienne était aussi utilisée pour les miroirs.

Miroir en obsidienne aztèque (exposé au British Museum)

Vous verrez dans « 1515-1519 » et dans « 1520-1522 » que l’obsidienne était une bénédiction pour les Aztèques… jusqu’à l’arrivée des Espagnols.

Dans un autre contexte, signalons que l’obsidienne est représentée dans « Game of Thrones » en tant que verre-dragon (dragon glass) avec une utilisation qui est essentielle pour la survie des héros ! (quoique l’acier valyrien fait aussi très bien le travail…)

Est-ce que l’obsidienne serait aussi efficace contre les morts-vivants de l’armée du Pape de l’univers de 1515 ? Eh bien, pourquoi ne pas essayer ?

Tlaloc

Une partie de l’intrigue de la deuxième partie de « 1515-1519 » se passe en Amérique centrale chez les Aztèques. C’est l’occasion d’en savoir un peu plus sur leurs coutumes et leurs (très) nombreux Dieux.

Tlaloc est brièvement évoqué dans notre histoire. Il s’agit du Dieu des pluies, de la foudre et de l’agriculture, d’où l’expression rituelle : « Que Tlaloc rende vos champs prospères ».

Tlaloc
Tlaloc, le Dieu des pluies, de la foudre et de l’agriculture des Aztèques

Son nom veut dire « celui qui fait ruisseler les choses ». Il vit au sommet des montagnes avec ses deux compagnes,  Chalchiuhtlicue, la déesse des eaux douces, et Huixtociahuatl, la déesse des eaux salées. Les Aztèques dont la population est en forte croissance à l’époque de notre récit étaient très vulnérables à des événements météorologiques tels que la sécheresse ou les cyclones. Tlaloc était donc un des Dieux majeur du panthéon Aztèque. Cinq des dix-huit mois de l’année rituelle aztèque étaient consacrés à des cérémonies en son honneur. Certaines de ces cérémonies comportaient des sacrifices d’enfants. Si les enfants pleuraient pendant la cérémonie, c’était un bon présage…

A Tenochtitlan, la capitale aztèque construite sur un lac à l’emplacement de l’actuel Mexico, le plus grand temple appelé Templo Mayor (par les Espagnols) était en réalité un temple double avec deux volées de marches parallèles : l’une menait au temple de Tlaloc, l’autre au temple de Huitzilopochtli, le Dieu du Soleil.

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Reconstitution du centre de Tenochtitlan, avec le Templo Mayor à gauche et ses deux volées de marches. A son sommet, le temple de gauche est dédié à Tlaloc (Dieu de la pluie) et celui de droite à Huitzilopochtli (Dieu du Soleil).

Les représentations de Tlaloc chez les Aztèques étaient très proches de celles du Dieu Chaac des Mayas, qui était aussi le Dieu de la pluie, révélant ainsi une continuité dans les croyances des deux peuples.

Anton de Alaminos

Anton de Alaminos est un navigateur espagnol né en 1482.

anton-de-alaminos

Il participe au troisième voyage de Christophe Colomb (1498-1500) ce qui veut dire qu’il avait juste 16 ans lors de l’embarquement. C’est au cours de ce voyage que les navires de Colomb atteignent le continent américain proprement dit pour la première fois (et pas seulement les îles des Caraïbes). Ils débarquent sur les côtes de l’actuel Venezuela.

Puis il participe au quatrième voyage de Colomb (1502-1504), avec la fonction de pilote alors qu’il a tout juste 20 ans.

Cliquez ici pour voir une carte grand format du quatrième voyage de Christophe Colomb

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Trajet du 4ème voyage de Christophe Colomb (1502-1504)

Ils atteignent le Panama et le Honduras. Les bateaux sont en mauvais état à cause de tempêtes et ils finissent par atteindre la Jamaïque (alors appelée Santiago) où l’équipage va rester un an. Un détachement d’Espagnols et de natifs part en canoë vers l’île d’Hispaniola où il y a une colonie espagnole bien établie pour demander de l’aide et organiser une expédition de secours. Pendant ce temps, en Jamaïque, les relations se tendent entre les Espagnols et les natifs mais Colomb s’attire à nouveau leur respect en prédisant l’éclipse de Soleil de Mars 1504 à l’aide des tables astronomiques qu’il avait apportées. Finalement, l’expédition de secours arrive fin Juin 1504.

Après ce voyage dramatique, on retrouve Anton de Alaminos en 1513 avec Juan Ponce de Léon. Cette expédition permet de découvrir la Floride (nommée ainsi à cause des très nombreuses fleurs observées derrière la plage de leur lieu de débarquement). Les conquistadors pensent alors avoir découvert une grande île et ne comprennent pas qu’elle est reliée au même continent que le Honduras et le Panama que Anton avait visité 10 ans auparavant. Au cours de ce voyage, le navigateur découvre un courant marin chaud qui part entre la Floride et les Bahamas et qui se dirige vers le nord-est : le Gulf Stream.

En 1515, au moment où commence notre histoire, Anton de Alaminos se trouve à Cuba, prêt à reprendre la mer pour de nouvelles aventures…

Les Taïnos

C’est le peuple qui occupait l’île de Cuba lors de l’arrivée des Espagnols et que nous rencontrons (pas au meilleur de sa forme) dès le prologue de 1515-1519. Les Taïnos peuplaient aussi l’île d’Hispaniola qui fut découverte par Christophe Colomb en 1492, et également Puerto Rico, la Jamaïque et Trinidad. Hispaniola était appelée par les Taïnos Ayiti (« le pays des hautes montagnes ») ce qui a donné Haïti.

Ils vivaient dans des villages dans les clairières des forêts. Toutes leurs maisons (appelées bohio) étaient rondes, sauf celle du chef du village, le cacique, dont la maison était rectangulaire (et appelée caney).

VillageTainos
Reconstitution d’un village taïnos à Cuba

Les Taïnos dormaient dans des hamacs faits de coton. D’ailleurs, le mot hamac est d’origine taïnos, tout comme goyave, ananas et papaye et aussi barbecue.  Ils jouaient avec des balles en caoutchouc (matière inconnue alors en Europe et que les Espagnols ont découvert à leur arrivée). Ils ornaient leurs oreilles et leurs lèvres des bijoux en or ou en argent. Les hommes étaient habillés d’un simple cache-sexe, les femmes mariées d’un pagne de coton et de feuilles. Les femmes non mariées étaient complètement nues. Seuls les caciques pouvaient pratiquer la polygamie.

Leur religion était centrée sur le combat entre deux Dieux : Yukiyu (le Dieu du Bien) et Juracan (le Dieu du Mal). Dans le monde de 1515-1519, chaque Taïno possède un zémi, une petite idole faite de tissu de coton avec des coquillages et des pierres accrochés dessus. Les zémis doivent toujours refléter le monde, comme le dicte la religion des Taïnos, c’est-à-dire que les principaux événements dans la vie d’une personne doivent induire des modifications de la présentation de son idole, sinon il peut plonger dans le Royaume des Ombres et devenir mauvais. Dans le monde dit « réel », les zémis représentaient plutôt les esprits des ancêtres. Ils étaient représentés sous forme de grandes sculptures en bois ou alors sous forme d’amulettes.

Pour finir, voici des mots croisés à remplir avec uniquement des mots d’origine taïnos qui sont d’abord passés en espagnol puis ensuite au français.

MotsCroisésTainosComplet