Kutná Hora

La troisième partie de la saga, « 1523-1526 », nous permet de découvrir l’Europe Centrale et notamment le Royaume de Bohême. A l’époque de l’histoire, il est associé au Royaume de Hongrie. Nous visitons Kutná Hora, une ville à 60 km au sud-est de Prague, dont le nom veut dire « La montagne où l’on creuse ». Dans l’univers de la saga, il s’agit d’une enclave elfique au milieu du Royaume humain. Les elfes y extraient du minerai d’argent et en cèdent une partie au Royaume de Bohême qui y trouve une source pour frapper sa monnaie. A l’occasion, les elfes peuvent ajouter à l’argent quelques propriétés magiques (le médaillon en argent elfique que Louise de Savoie offre à François Ier dans le premier tome provient de Kutná Hora).

Dans le monde « dit réel », Kutná Hora a effectivement été un centre important d’extraction du minerai d’argent. A son apogée au cours du XIVème siècle, 30% de tout l’argent en Europe est extrait de ces mines et assure la prospérité du Royaume de Bohême. En 1300, le Roi de Bohême Venceslas II crée une nouvelle monnaie en argent le Pražský groš (ou Gros de Prague) qui devient la monnaie de référence en Europe Centrale.

Gros de Prague en argent de Kutna Hora avec au centre la couronne de Bohême et sur le pourtour : WENCESLAS SECUNDUS DEI GRATIA REX BOEMIE (Venceslas II, par la grâce de Dieu roi de Bohême).

La richesse du Roi de Bohême lui vaut de devenir un Prince-Électeur qui participe à l’élection de l’Empereur du Saint Empire Romain Germanique et c’est d’ailleurs le seul Prince-Électeur non germanique (il est slave).

Au cours des guerres hussites dans les années 1420, la ville reste catholique et près de 2000 prisonniers hussites sont condamnés à travailler dans les mines. Mais le Général hussite Jan Žižka conquiert la ville en 1422, la brûle et la pille. L’extraction est interrompue et reprend après la fin du conflit en 1448, mais le rendement des mines est ensuite rapidement sur le déclin car l’essentiel a déjà été extrait.

Les mines d’argent se visitent toujours de nos jours avec une reconstitution des outillages utilisés.

Kutná Hora est aussi célèbre pour sa cathédrale dédiée à Sainte-Barbe, la patronne des mineurs. Elle a été construite par Peter Parler à partir de 1388. Cet architecte a aussi construit le Pont Charles à Prague. La toiture de la cathédrale recourbée sur ses clochers est assez unique.

Enfin mentionnons la présence de la chapelle de Sedlec tout près de Kutná Hora. Ses décorations sont réalisées à partir des os exhumés des cimetières ou fosses communes aux alentours, appartenant autant à des morts de l’épidémie de peste des années 1350 que des morts des batailles hussites des années 1420.

Il n’est pas de doute qu’un tel lieu inspirera de belles scènes dans les futurs tomes de la saga !

Paris sous François Ier

Le temps d’un chapitre, « 1523-1526 » vous emmènera à Paris, ville que l’on n’avait pas visité depuis les premiers chapitres de « 1515-1519« . Il faut dire que François Ier n’aime guère cette ville et préfère ses châteaux sur les bords de la Loire ou Saint Germain-en-Laye au début de son règne (puis Fontainebleau un peu plus tard). Il commence cependant à s’intéresser au Louvre et fait démolir son grand donjon. Les quais du Pont au Change jusqu’au lieu-dit les Tuileries sont modernisés en pierre à partir de 1528. Les travaux sur les nouveaux bâtiments du Louvre sous la direction de Pierre Lescot ne commencent qu’à la fin du règne de François Ier.

Paris vers 1530 (Plan de Braun et Hogelberg). Pour voir les détails avec un agrandissement voir ce lien.

De 1450 à 1550, Paris est une ville en pleine croissance. Sa population passe en un siècle de 130 000 à 250 000 habitants, ce qui en fait l’une des villes les plus peuplées du monde à l’époque. L’habitat se densifie très fortement dans l’enceinte des murailles datant de Charles V et les faubourgs se développent. En visitant pour la première fois Paris, Charles de Habsbourg s’exclame : « Paris n’est pas une ville, c’est un monde ! ». Cependant, Paris est encore très petit par rapport à son développement futur et est entouré de champs et d’une trentaine de moulins à vent. Sur la Seine, seule l’île de la Cité est urbanisée. L’île Saint-Louis n’existe pas à proprement parler. A son emplacement, il y a deux îles : l’île aux Vaches et l’île Notre-Dame. Plus à l’est (plus haut sur la carte ci-dessus), il y a une troisième île inhabitée : l’île Louviers (du nom du prévôt des marchands à qui elle a appartenu). Du temps de François Ier, elle sert de terrain d’entraînement pour les arbalétriers et les arquebusiers.

La ville est constamment empuantie. Les égouts sont à ciel ouvert (sauf celui correspondant à la rue Montmartre actuel qui est le premier égout souterrain datant de 1374).

Paris n’est pas un archevêché à l’époque et dépend de l’archevêché de Sens. L’Archevêque de Sens doit cependant avoir une digne demeure quand il se rend à la capitale. L’Archevêque Tristan de Salazar se fait construire un superbe hôtel fini en 1519 que l’on peut toujours admirer sur la rive droite en face de l’île Saint Louis.

L’Hotel des Archevêque de Sens qui date de 1519

Paris possède déjà un pont en pierre (bien avant le Pont-Neuf construit sous Henri IV) : le Pont Notre-Dame. A son endroit, il y avait un pont en bois avec des habitations mais une forte crue le 25 Octobre 1499 le fit s’écrouler. Il est reconstruit en 1512 en pierre cette fois-ci mais avec toujours des habitations dessus. Il est donc tout neuf lorsque François Ier entre dans Paris après son couronnement en 1515.

Reconstitution de l’Ile de la Cité au XVIè siècle.
Notez les maisons sur les ponts, notamment le Pont aux Changes.
Le Palais de la Cité, à l’ouest de l’île, est le siège et la résidence des Rois de France depuis le Xème siècle, mais n’est plus qu’un lieu de passage depuis le règne de Charles V. Une partie du Palais est alors reconvertie en prison en 1370 (prison de la Conciergerie). La tour carrée près du Pont aux Changes est dotée de la première horloge publique de Paris en 1370.
Forteresse de la Bastille, construite en 1370 sur le plan de Truschet et Hoyau, vers 1550

La Bastille que l’on nomme Bastille Saint-Antoine fait partie avec ses 8 tours de l’ancien dispositif défensif de Charles V. Sous le règne de François Ier, elle sert de dépôt d’armes. La Bastille a servi occasionnellement de prison depuis le règne de Louis XI mais malgré les menaces qu’il peut lancer de temps à autre (voir « 1515-1519« ), François Ier n’y emprisonne personne. Ce n’est que lors des guerres de religion qu’elle devient définitivement une prison (où séjournera d’ailleurs pendant un an le fils aîné d’Ayne de Montmorency qui aura une vie très mouvementée).

A l’époque Paris n’a pas de Maire, mais c’est le Prévôt des Marchands qui a des fonctions similaires. Le siège de son pouvoir se trouve sur la Place de Grève dans une maison dite La Maison aux Piliers. Celle-ci menace ruine et François Ier promet de financer la construction d’un véritable Palais Renaissance en 1529 à son emplacement. Il confie son architecture à Domenico di Cortona ou Boccador , le même qui a conçu l’aile Renaissance du Château de Blois.

L’Hotel de Ville de Paris construit à partir de 1529 (ici en 1583). Il est à l’emplacement de l’Hôtel de Ville actuel.

Le lieu le plus sinistre de Paris sous François Ier est sans conteste le gibet de Montfaucon. Il est en dehors de la ville à l’époque mais son emplacement correspond à la Place du Colonel Fabien actuel dans le nord-est de Paris. On pouvait y pendre des condamnés sur trois étages et on les laissait pourrir sur place ! Ce bâtiment était sur une colline donc les Parisiens ne pouvaient pas manquer de voir cet édifice dissuasif !

Plan de Paris de Truschet et Hoyau, 1550. Pour effectuer des agrandissements pour voir les détails allez sur cette page.

Si vous souhaitez vous imprégner de l’atmosphère de Paris à cette époque je vous conseille de lire « Le journal d’un bourgeois de Paris » disponible gratuitement ici.

Ulrich Zwingli

Parmi les nouveaux personnages de « 1523-1526 » vous découvrirez Ulrich Zwingli qui est un lutin dans l’univers de la saga et qui est un fervent partisan des Réformes religieuses en Suisse.

Portrait par Hans Asper (1531) que l’on peut admirer au musée d’art de Winthertur (Suisse)

Dans la saga, tout comme dans le monde « dit réel », Ulrich Zwingli est né en 1498 dans le Canton de Saint-Gall (au nord-est de la Suisse). Son père l’envoie étudier à l’Université de Vienne mais il s’en fait expulser (pour une raison officiellement inconnue, mais « 1523-1526 » vous apportera une révélation sur le sujet). Il retourne en Suisse à Bâle et il étudie la théologie. Il devient le Curé de Glaris, à l’est de la Suisse. Les mercenaires suisses sont alors très sollicités lors des Guerres d’Italie et il considère comme son devoir d’accompagner les soldats provenant de sa paroisse lorsqu’ils partent en guerre. Il se retrouve ainsi en Septembre 1515 à la bataille de Marignan, une bataille longue et très sanglante (pour l’époque) comme vous en avez été témoin dans « 1515-1519« . Il considère la défaite des Suisses comme un châtiment divin pour avoir fait la guerre par appât du gain. En rentrant à Glaris, il publie un petit recueil « Fable du boeuf et de quelques autres animaux » qui dénonce les mercenaires. L’accueil est plutôt hostile et il doit être muté dans un autre Canton et devient chapelain de l’Abbaye d’Einsiedeln.

Avant même que Luther placarde ses 95 thèses sur la porte de la cathédrale de Wittenberg, Zwingli commence à prêcher un retour à l’Évangile pur et il demande qu’on efface de la grande porte de l’Abbaye la phrase « Ici on obtient rémission plénière de tous les péchés ». Le pardon des péchés n’est pas quelque chose qui se marchande ! Il demande aussi à faire enterrer les reliques. La dévotion envers ces morceaux de cadavre lui parait indigne et relever de superstitions dignes de païens. Ses propos suscitèrent la polémique et l’inquiétude dans l’Abbaye : les pèlerins et le pardon des péchés en échange de cadeaux en assuraient la richesse. Il doit quitter l’Abbaye.

Cependant, étonnamment, la hiérarchie ecclésiastique ne s’oppose pas à lui. Le Pape Léon X lui donne un titre honorifique, une pension et un poste assez convoité de Curé à Zürich. Sans doute, une tentative de l’amadouer et de lui faire modérer ses propos. Cela ne marche pas : Zwingli devient encore plus radical dans ses critiques. Il renonce de lui-même à sa pension. Et, échaudé par l’expérience de Marignan, il s’oppose à ce que les soldats du canton de Zürich aillent guerroyer en Italie, cette fois-ci pour le compte de François Ier. Bien lui en a pris. Comme vous l’avez découvert dans « 1520-1522« , la bataille de la Bicoque est une catastrophe où de nombreux mercenaires Suisses sont tués. Le Canton de Zürich est le seul à avoir échappé au massacre.

Zwingli continue à donner des coups de butoir dans les dogmes. En 1522, il s’attaque au jeûne du Carême et il soutient la distribution de saucisses fumées dans Zürich ce jour-là ! Ce qui est rapidement nommé l’Affaire des saucisses fait scandale ! Les saucisses sont des choses sérieuses dans les contrées de langue germanique (comme le Canton de Zürich). D’ailleurs, une expression allemande dit « Es geht um die Wurst » = C’est de la saucisse dont il s’agit = C’est là que tout se joue. L’Evêque de Constance est appelé à Zürich et une réunion est organisée au Conseil de la Ville le 29 janvier 1523 pour traiter du cas Zwingli. Et comment ce Conseil s’est-il déroulé ? Vous le saurez dès le chapitre 3 de « 1523-1526« …

Le devşirme dans l’Empire Ottoman

Dans 1520-1522, nous rencontrons Ibrâhîm qui est le fauconnier et le Maître de Chambre du Sultan Soleyman et surtout son ami le plus proche. Il n’est pas ottoman d’origine et est né à Parga en 1495, une ville du nord-ouest de la Grèce qui était alors contrôlée par la République de Venise. Parga a été envahie par les Ottomans en 1502 et Ibrâhîm a été fait prisonnier. Comment s’est-il retrouvé au plus près du Sultan quelques années plus tard ?

Dans les années 1300, le Sultan Mourad Ier veut contrecarrer le pouvoir grandissant des nobles turcs à sa Cour et décide de se doter d’une troupe de soldats la plus indépendante possible de cette noblesse : il a l’idée de convertir des esclaves chrétiens, de les recruter et les entraîner pour former des troupes d’élite entièrement dévouées à sa personne. Ces troupes sont divisées en deux régiments : les cavaliers (les sipahi) et les fantassins (les Yeni Çeri , francisés en janissaires).

Les janissaires se reconnaissent à leur plume blanche au-dessus du front.

Ce système de recrutement est institutionnalisé et est appelé devşirme (impôt sur le sang). Les populations chrétiennes conquises par les Ottomans doivent « offrir » certains de leurs enfants aux envahisseurs qui les convertissent puis leur font rejoindre les sipahi ou les janissaires, mais aussi ils peuvent accéder à des postes administratifs pour les plus intelligents d’entre eux, après avoir été formé dans une école spéciale, l’Enderûn Mektebi. Entre le XIVème et le XVIIème siècle, on estime qu’entre 300.000 et 500.000 enfants ont été l’objet de l’impôt sur le sang.

Enfants chrétiens enregistrés pour le devsirme (miniature ottomane, milieu du XVIème siècle)

Ibrâhîm fait parti de ces enfants. Il ne montre pas beaucoup d’adresse pour le maniement des armes ou pour la cavalerie alors il est orienté vers des tâches administratives. C’est sans doute à l’occasion de ce que l’on pourrait appeler un « stage » qu’il rencontre Soleyman, le fils du Sultan Sélim Ier en 1514. Les deux adolescents se lient d’amitié et Soleyman le prend à son service.

Ibrahim, joué par l’acteur Okan Yalabik dans la série turque « Mehtesem Yuzyil » (« Le Siècle Magnifique »)

Comment cette amitié va-t-elle évoluer, maintenant que Soleyman est devenu Sultan ? (Dans une situation parallèle, vous avez vu avec François Ier/Ayne de Montmorency que cela peut générer des tensions). Vous le saurez en lisant 1520-1522 et surtout sa suite 1523-1526 (parution en Juin 2020).

Les moines-chevaliers de l’Ordre des Hospitaliers

Dans 1520-1522, nous voyageons vers Rhodes où nous rejoignons les Hospitaliers, un ordre de moines-chevaliers.

Armoirie de l’Ordre des Hospitaliers

Cet ordre a été fondé vers l’an 1113 par Frère Gérard l’Hospitalier, qui soigne les pauvres et les pèlerins à Jérusalem. Il fait construire une église dédiée à Saint Jean Baptiste, ce qui explique que l’Ordre des Hospitaliers est aussi appelé l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem. La menace musulmane se faisant pressante, l’Ordre se militarise progressivement et on leur confie la garde du fameux Krak des Chevaliers (dans l’actuelle Syrie) qu’ils défendent de 1142 à 1271.

Le Krak des Chevaliers

Lorsque les Chrétiens sont expulsés de Terre Sainte en 1291, les Hospitaliers se réfugient à Chypre puis conquièrent l’ile de Rhodes en 1310. Juste après, leurs collègues des Templiers sont éradiqués en 1314 et ils reçoivent une partie de leur richesse.

Les Hospitaliers construisent un grand Palais : le Palais des Grands Maîtres (du nom du titre de celui qui dirige l’Ordre), marqué par ses belles tours à l’entrée.

L’entrée monumentale du Palais des Grands Maîtres à Rhodes

L’intérieur tient à la fois du château fort et du monastère ce qui illustre bien la dualité de l’Ordre.

L’intérieur du Palais des Grands Maîtres à Rhodes. Photo : Igor11105

Lorsque nous retrouvons les Hospitaliers dans 1520-1522, ils se trouvent très isolés face à un Empire Ottoman conquérant. L’île n’est qu’à 18 km des côtes ottomanes. Ce qui devait être une tête de pont pour la reconquête de la Terre Sainte se retrouve être un bastion de plus en plus difficile à défendre.

Les défis qui attendent le Grand Maître de l’époque Philippe de Villiers de l’Isle-d’Adam sont donc immenses. Mais dans le monde de 1520-1522, il a un atout contre les Ottomans que n’avait pas le Grand Maître dans le monde « dit réel »…

Philippe de Villiers de l’Isle-d’Adam

Les armures du XVIème siècle

Le XVIème siècle a vu la fabrication des armures les plus élaborées et ornementées de toute l’Histoire et c’est très logiquement que la description des armures de nos personnages est un élément important de 1515-1519 et de 1520-1522.

Les armures de cette époque bénéficient de plusieurs siècles de savoir-faire et d’amélioration et leur fonction première est bien sûr de protéger. Elles ne protègent cependant plus contre les boulets de canon mais les balles des arquebuses (à condition qu’elles ne soient pas tirées de trop près) ne peuvent les percer car elles n’ont pas de vitesse suffisante. Rois, Princes ou simples nobles se retrouvent encore fréquemment sur les champs de bataille et les lices des tournois. Malgré tout, ces armures n’empêchent pas certains Rois de se faire grièvement blessé ou tué au cours de batailles ou de tournois (je ne vais pas spoiler qui cela concerne, vous ne manquerez pas de vivre ces scènes dramatiques dans la saga !)

Mais la fonction d’une armure, tout particulièrement pour un Roi, est aussi de mettre en avant son prestige et sa richesse. Elle a alors une fonction d’apparat.

Il s’agit aussi de mettre en avant des symboles. Par exemple, voici une armure d’apparat de l’Empereur Charles Quint, inspirée des tenues romaines, pour montrer la continuité de son Saint Empire Romain Germanique avec l’Empire Romain (tout court).

Armure d’apparat de Charles Quint. Notons que ses vrais abdominaux ne devaient pas avoir cette forme !

Voici l’armure portée par son frère cadet, Ferdinand de Habsbourg. Pour afficher sa lutte contre les Ottomans et les Protestants, le plastron est gravé d’une représentation de la Vierge tenant l’enfant Jésus :

Voici l’armure d’Ayne de Montmorency (Anne de Montmorency en réalité, Anne était à l’époque un prénom masculin tout autant que féminin).

Armure d’Anne de Montmorency, Musée de l’Armée, Paris

Les armures sont très pratiques pour connaitre la taille de leur propriétaire car elles étaient ajustées sur mesure. Ainsi, nous savons qu’Anne de Montmorency faisait 1m72.

En ce qui concerne François Ier, voici l’histoire d’une armure faite pour lui, à ses mesures (il faisait presque 2 m), commandée par Charles Quint pour lui offrir en cadeau mais que le Roi de France n’a jamais finalement portée.

Certaines pièces d’armure avaient des usage bien spécifiques comme ce gantelet dans la forme permettait de bien tenir la lance utilisée pour les tournois.

Gantelet de tournoi visible au Musée de Vienne

Il fallait également assurer la protection de certains organes précieux, tout particulièrement chez les membres de la famille royale ! Il s’agissait également d’affirmer sa virilité.

Détail de l’armure de Ferdinand de Habsbourg

Le plus célèbre armurier de l’époque est le Milanais Filippo Negroli (1510-1579). Charles Quint faisait parti de ses plus prestigieux clients. On lui doit notamment cet incroyable casque de parade où vous retrouvez toute une symbolique liée à l’aigle.

Par ailleurs, les chevaux pouvaient aussi avoir des armures, ce qui est logique au vu de leur importance stratégique sur un champ de bataille. Voici une armure joliment ouvragée qui protège le chanfrein.

Métal gravé et dorure, Paris, Musée de l’Armée

Et voici une armure portée par le cheval d’Henry VIII.

Pour terminer, le Prix de la pièce d’armure la plus extraordinaire est remporté par ce casque offert par l’Empereur Maximilien (le grand-père de Charles Quint) à Henry VIII en 1514. Il faisait partie d’un ensemble d’armure complet mais le reste a été perdu. Il n’était pas destiné à être porté sur un champ de bataille quoiqu’il aurait fait son petit effet.

Casque fabriqué par l’armurier Konrad Sausenhofer et offert par l’Empereur Maximilien Ier à Henry VIII. Royal Armories Museum, Leeds, Angleterre

Les chercheurs se perdent en conjectures sur la signification de ce casque qu’on a pensé d’abord attribué au bouffon de la Cour avant de trouver des documents qui attestent qu’il appartenait bien au Roi d’Angleterre. On sait qu’Henry VIII avait des problèmes de vue (myopie), d’où les bésicles. Il s’agissait sans doute d’un casque pour un bal masqué ou un carnaval. C’était l’époque où Henry VIII était encore jeune et avait toujours le sens de l’humour et de l’autodérision. Les choses ont bien changé par la suite…

Si vous êtes intéressé par les armures médiévales et Renaissance, vous pouvez visiter cette superbe page, très complète (en anglais).

Une petite balade à Venise

Aujourd’hui, nous allons visiter Venise sur les traces des personnages de 1515-1519 et de 1520-1522. Quand commence notre histoire, Venise est une République prospère, et la ville compte 100.000 habitants, ce qui est beaucoup pour l’époque. Elle contrôle aussi des ports le long de l’actuelle Croatie et de la Grèce, ainsi que la Crête et Chypre.

La chute de Constantinople en 1453 et la prise de contrôle par les Ottomans de l’est de la Méditerranée a constitué tout de même un coup dur pour le commerce. La concurrence des Espagnols et des Portugais commence à se faire sentir. C’est une époque charnière pour l’avenir de La Sérénissime.

Le Palais des Doges est le centre névralgique du pouvoir. Pour accéder à l’entrée du Palais, les visiteurs peuvent emprunter un escalier monumental en marbre : l’Escalier des Géants. Ayne de Montmorency, l’un de nos héros, pense qu’il va l’emprunter lors de sa visite au Doge. Mais il en sera autrement…

Escalier des géants du Palais des Doges. Les deux statues représentant Mars et Neptune ont été ajoutées en 1567, donc nos héros n’ont pas pu les contempler.
By Benh LIEU SONG – Own work, CC BY-SA 4.0

Avant cela, Ayne avait rencontré Mariano Baldecci, l’espion cynique et sans scrupules de la France à Venise. Ils avaient rendez vous près de l’église San Giacomo dall’Orio. Elle a été construite en 1225 et a été remodelée/agrandie ensuite tout au long du XVème et du XVIème siècle, ce qui lui a donné un aspect tarabiscoté et peu uniforme. Le clocher contient une statue d’un homme tenant une coquille Saint-Jacques indiquant que l’église devait être le point de ralliement des pèlerins qui allaient de Venise à Saint-Jacques-de-Compostelle.

L’église San Giacomo dall’Orio

Un peu plus tard dans notre histoire, le Doge accueille un membre de la famille Contarini, qui est ambassadeur de Venise en Egypte, qui ne fait partie que récemment de l’Empire Ottoman. Le Doge l’accompagne en gondole jusque chez lui au Palazzo Contarini del Bovolo, connu pour son escalier externe en spirale qui date de 1499. L’Ambassadeur est content de retrouver sa famille, d’autant plus qu’il a vu que des choses inquiétantes se tramaient en Egypte…

L’escalier en spirale du Palazzo Contarini del Bovolo.

Un peu plus tard, notre espion Mariano Baldecci passera une soirée mémorable qui le mènera dans le cimetière jouxtant la Basilique San Zanipolo. Les origines de cette basilique remontent à un rêve du doge Jacopo Tiepolo en 1234 : un vol de colombes au-dessus d’un espace marécageux qui n’avait pas encore été aménagé dans la lagune. Il en fit don en 1234 aux Dominicains qui venaient d’arriver dans la ville et qui y bâtirent un premier édifice religieux. La Basilique en elle-même fut achevée en 1430.

La Basilique San Zanipolo. Photo par Didier Descouens — Travail personnel, CC BY-SA 4.0

Originalité du lieu, des tombeaux sont adossés à la façade externe, un peu en hauteur.

Le sarcophage des Doges Jacopo et Lorenzo Tiepolo, père et fils qui ont dirigé successivement la République au XIIIème siècle. Photo : Par Didier Descouens — Travail personnel, CC BY-SA 4.0

Nous terminerons cette visite par le ghetto de Venise, dont nous sommes les témoins de la création dans une scène de 1515-1519. Suite à la Reconquista catholique en Espagne et l’Inquisition de Torquemada, de nombreux Juifs espagnols fuient le royaume espagnol. Certains viennent se réfugier à Venise. Une partie de la population s’inquiète de cette immigration (bien que les chiffres restent quand même faibles : 700 Juifs sur 100 000 habitants, mais visiblement cela suffit à poser problème pour certains !). Le 29 mars 1516, le Sénat propose de les confiner sur une île qui avait abrité une fonderie de cuivre désormais abandonnée. Le site est à la périphérie de la ville (alors qu’en général les Juifs habitaient jusqu’alors près du centre et des quartiers marchands du Rialto), il n’abrite pas d’église chrétienne et il est facile à contrôler grâce à la construction de deux portes qui sont fermées le soir. Seuls les médecins pouvaient sortir du ghetto pendant la nuit. Le terme de ghetto provient du vénitien getto ou gheto qui veut dire fonderie. Il s’est ensuite généralisé aux quartiers où les Juifs étaient rassemblés, même en dehors de Venise.

Vous pouvez regarder la vidéo ci-dessous où tout est expliqué en détails :

La couronne de plumes de Moctezuma

Dans le monde de 1515…, les peuples d’Amérique Centrale sont des hommes qui ont des plumes à la place des poils. Cela ne leur permet pas de voler à proprement parler mais cela leur permet de faire quelques prouesses acrobatiques, bien utiles dans les combats, que vous découvrirez dans les livres.

Dans le monde dit réel, les plumes avaient une importance toute particulière pour les Aztèques. L’un de leurs Dieux, Quetzalcoatl, est un serpent qui a des plumes à la place des écailles. Huitzilopochtli, le Dieu de la guerre et du Soleil a pour symbole le colibri et sa mère Coatlicue, déesse de la Terre, l’aurait mis au monde après être tombée enceinte en ayant mis dans son corsage une boule de plumes qu’elle avait trouvée sur son chemin (!)

Les plumes étaient utilisées pour des ornementations sur les habits des dignitaires de haut rang. Il est normal que le tlatoani (l’Empereur) ait eu les plus beaux et impressionnants ornements de plume. La couronne attribuée à Moctezuma est indéniablement imposante.

Elle fait 1,16 mètre de hauteur. Les plumes vertes sont celles du quetzal, un oiseau d’Amérique centrale. Le nom de cet oiseau vient du nahuatl, la langue des Aztèques, et veut dire grande plume verte.

Les plumes sont maintenues ensemble par une frise en or. L’authenticité de cette couronne fait débat pour certains spécialistes, mais sa présence est attestée en 1575 dans les collections des Habsbourgs d’Autriche qui l’ont obtenu sans doute de leur branche espagnole. La couronne de plumes se trouve actuellement dans un musée à Vienne, mais le Mexique demande en vain sa restitution depuis plusieurs années.

Le quetzal représente toujours à l’heure actuelle un symbole associé au pouvoir puisqu’il se trouve sur les armoiries du Guatemala.

Les monstres marins sur les cartes

Source : carte de la BnF

La Renaissance est une période de grande activité cartographique liée aux progrès de la navigation et aux découvertes de nouvelles terres. Posséder des cartes à jour dans un monde à la géographie en perpétuelle expansion était un enjeu majeur, comme vous le lirez dans 1520-1522.

Si les cartes deviennent de plus en plus complètes et précises pour le tracé des côtes, les mers et les océans constituent en revanche un grand vide et ce qu’ils contiennent un mystère.

Source : carte de la BnF

Si petit à petit, les monstres désertent les continents, les océans deviennent leur refuge. Le « merveilleux » à cette époque ne correspond pas forcément à de la fiction. Il s’agit de phénomènes rares, exotiques mais bien réels pour les contemporains. Une baleine entraperçue, la silhouette d’une raie ou d’un requin marteau observée entre deux vagues justifient toutes les interprétations pour compléter le tableau. Les monstres sont soit considérés comme des émanations diaboliques, soit comme la preuve de la toute puissance créatrice de Dieu. Cette identité ambivalente n’est pas pour rien dans la fascination qu’ils exercent.

Et gare au marin qui tombe à la mer ! Il se retrouve à la merci de monstres qui l’entraînent dans les eaux profondes, si loin des Cieux et du Paradis.

Voici par exemple La Carte Marina qui représente la Scandinavie, créée par le dernier Archevêque de Suède, Olaus Magnus entre 1527 et 1539 (avant que le pays ne devienne protestant). La première version de cette carte a été imprimée à Venise en 1539.

Plus la Renaissance avance, et plus la rationalité commence à prendre le dessus. Par exemple, en 1551, le naturaliste français Pierre Belon déplore « qu’on ait grandement abusé en peignant les poissons sur les cartes, et que l’ignorance des hommes soient cause que plusieurs monstres de mer aient été faussement portraits sans jugement ».

Mais comme vous vous en doutez, dans notre saga qui commence par 1515-1519, les monstres marins ont encore de beaux jours devant eux et vont faire des apparitions remarquées !

Jean-Baptiste de Taxis

Parmi les nouveaux personnages de « 1520-1522 », vous allez rencontrer le centaure Jean-Baptiste de Taxis qui va être chargé par l’Empereur Charles Quint de transporter son courrier à travers son vaste Empire.

Dans le monde « dit réel », il y a bien eu un Jean-Baptiste de Taxis. Sa famille est d’origine italienne, de Tassis près de Milan. Le nom est devenu Taxis lorsque la famille a émigré vers l’actuelle Belgique (ils s’installent à Malines, près de Bruxelles). En 1490, ses oncles, François et Jeannetto ont été chargés par l’Empereur Maximilien (le grand-père de Charles) d’organiser un système sûr et fiable de transport postal de courriers et de colis à travers tout l’Empire. C’est la fondation de la Reichspost. Jusqu’alors, seule la France avait un système postal, institué en 1477 par Louis XI.

Plaque (pas en très bon état) en mémoire de François de Tassis, rue de la Régence à Bruxelles
Enseigne de la Reichspost (notez l’aigle à deux têtes) à Limburg, Allemagne

A cette époque, il s’agit surtout d’organiser des relais de chevaux judicieusement localisés pour que les messages puissent être délivrés le plus rapidement possible. En parallèle du « service public » mis en place par l’Empereur, un système de poste privé se met en place, contrôlé par richissime Jacob Fugger dont nous avons déjà parlé. Rois et Empereurs y auront aussi occasionnellement recours.

A la mort de ses oncles, c’est Jean-Baptiste de Taxis qui est nommé « chief et maistre general de noz postes par tous noz royaumes, pays, et seigneuries » par Charles Quint en 1520. La charge de Maître Générale des Postes devient ensuite héréditaire et les Taxis obtiennent même le droit de prélever les taxes (!) pour faire fonctionner les relais de poste.

Au gré des mariages et des anoblissements, la famille devient Von Thurn und Taxis au XVIIème siècle et diversifie ses activités, notamment dans la production et la distribution de bière. Cette marque existe jusqu’à nos jours.

Bière Thurn und Taxis

L’activité postale a décliné à partir du XVIIIème siècle et la dernière portion du réseau sur les territoires de l’actuelle Allemagne s’est éteinte après la prise de Francfort par les Prussiens en 1866.

Les Thurn et Taxis ont de multiples descendants partout en Europe, le plus proéminent d’entre eux est Albert, âgé de 36 ans, qui a hérité à la mort de son père (alors qu’il avait 9 ans) de 3 milliards d’Euros, ce qui en avait fait le milliardaire le plus jeune d’Allemagne. C’est un grand amateur de courses automobiles. Le transport, ils ont ça dans le sang, les Taxis !

Albert Von Thurn and Taxis