Louis XII

Parlons un peu du prédécesseur de François Ier qui est nettement moins connu que lui. Les Rois « stars » ont tendance à jeter une ombre sur tout ce qu’il y a autour (Louis XIV vis-à-vis de Louis XIII et Louis XV en est un autre exemple). Pourtant, Louis XII mérite que l’on étudie son parcours.

Louis XII par Jean Perréal (1514)

A vingt ans, durant le règne de son prédécesseur (Charles VIII qui est son cousin), c’est un rebelle car il s’allie avec François II, le Duc de Bretagne, contre la France au cours de la Guerre Folle (1485-1488). Le Royaume de France l’emporte et celui qui n’est encore que le Duc d’Orléans est capturé et emprisonné durant 3 ans. Charles VIII finit par le faire libérer car il a besoin d’hommes pour sa première guerre en Italie.

Le 7 Avril 1498, Charles VIII meurt d’un bête « accident domestique » : il heurte de la tête le linteau d’une porte du château d’Amboise car il était pressé d’aller faire une partie de jeu de paume (un épisode qui fait méditer François Ier dans 1515-1519 sur la fragilité de l’existence, aussi royale soit-elle). Charles VIII est sans descendance et donc la couronne revient à Louis XII. Toute la Cour tremble car il avait tout de même combattu une bonne partie de la noblesse française qui s’était réjouie de le voir ensuite en prison et tous craignent qu’il allait profiter de sa position de Roi pour se venger. Mais Louis XII déclare : « Le roi de France ne venge pas les injures faites au duc d’Orléans ». Il choisit la voie de la réconciliation et de la continuité des affaires de l’Etat.

Il applique même cette continuité aux affaires nuptiales et il se marie avec Anne de Bretagne qui avait été l’épouse de son prédécesseur ! Néanmoins, le nouveau contrat de mariage qui est en fait un nouveau Traité entre le Royaume de France et la Bretagne est nettement plus favorable à Anne de Bretagne que le précédent et elle se retrouve pleinement rétablie dans son rôle du Duchesse. Louis XII se montre donc à nouveau très compréhensif envers les Bretons et les clauses de ce Traité vont donner du fil à retordre à François Ier qui, lui, veut annexer la Bretagne à la France sans aucune forme de pitié. Ce sera un des éléments de l’intrigue de la 2ème trilogie (1526-1536) en cours de préparation.

La Duchesse Anne de Bretagne

En 1499, Louis XII se jette dans les guerres d’Italie et contrairement à son prédécesseur, il est largement victorieux, notamment grâce aux exploits du Chevalier Bayard, sans peur et sans reproches, au sommet de sa forme. Naples et Milan sont conquis. Un épisode pas très glorieux a lieu néanmoins à Milan : une gigantesque statue en plâtre de cheval de 7 mètres de haut réalisée par Léonard de Vinci (un modèle pour une future statue en bronze) est utilisée comme cible par des arbalétriers français pour s’entraîner, et le grand savant et artiste préfère fuir (un épisode que je vous raconte en détail dans cet article).

Dans le Royaume de France, Louis XII est très populaire (et il est surnommé Le Père du Peuple) : il diminue de 25% l’un des principaux impôts (la taille), il fait correctement entretenir les routes, il réforme la Justice, il convoque des Etats Généraux en 1506 et écoute ses avis (un contraste très net avec François Ier qui passera son temps à contrer les votes du Parlement de Paris et à augmenter les impôts).

L’animal-emblème de Louis XII est le porc-épic, avec la devise « De près, de loin ». (Ici, le porc-épic se trouve sur une maison construite à Rouen en 1501). A l’époque, on prêtait à ce mammifère des valeurs guerrières, capable non seulement de se défendre de près mais aussi de lancer ses piques au loin pour en atteindre son adversaire.

Ecu d’or frappé sous Louis XII. Vous remarquerez les nombreux porc-épics.
Aile du château de Blois construite sur l’ordre de Louis XII entre 1498 et 1503. L’histoire de ce château vous est racontée dans cet article. Photo : Christophe Finot

La fortune commence néanmoins à se retourner. En Italie, il perd Naples puis Milan. Les troupes vénitiennes notamment sont particulièrement efficaces à bouter les Français hors d’Italie et elles sont menées par Andréa Gritti (qui deviendra plus tard Doge de Venise et restera farouchement anti-français. Dans 1523-1526, vous assisterez à la véritable purge au sein du réseau d’espions français qu’il va réaliser à Venise). Une contre-offensive est menée par un jeune Général prometteur, Gaston de Foix, mais il est tué à la bataille de Ravenne en 1512 et la contre-offensive échoue lamentablement. « Venge l’Honneur du Royaume de France ! » dira le fantôme de Louis XII à son successeur dans 1515-1519.

La succession est justement problématique. Anne de Bretagne ne donne naissance qu’à des enfants mâles qui meurent et seules deux filles survivent dont l’une est Claude de France. En désespoir de cause, et contre l’avis d’Anne, Louis XII promet la main de Claude à l’héritier potentiel du trône si il n’a pas d’héritier direct, François d’Angoulême. Louis XII a des relations complexes avec le futur François Ier. D’un côté, il veille à ce qu’il ait une bonne éducation pour devenir un Roi, en même temps il doute de ses capacités : « Nous travaillons en vain. Ce gros garçon gâtera tout », écrira-t-il.

De son côté, Anne de Bretagne intrigue tant qu’elle peut pour retarder le mariage entre François d’Angoulême et sa fille mais elle finit par mourir et le mariage se fait.

Louis XII ne renonce tout de même pas à avoir un héritier mâle, pensant que c’était la faute à Anne de Bretagne qu’aucun héritier mâle n’ait survécu. Il se marie à Abbeville le 9 Octobre 1514 avec la sœur du Roi d’Angleterre Henry VIII, Marie Tudor. Il meurt à 52 ans d’hémorragies intestinales le 1er janvier 1515 à l’hôtel des Tournelles à Paris. La couronne passe à la branche cadette des Valois et François Ier fait complaisamment circuler le bruit, avec sa délicatesse habituelle, que ce sont ses essais quotidiens et vains d’engrosser la Reine Marie qui l’avait épuisé, histoire de montrer que la branche aînée n’avait plus de sève !

Louis XII sur son lit de mort « qui passe le relais » à François Ier. Tableau peint par Merry-Joseph Blondel, très symbolique et assez faux, comme beaucoup de tableaux « historiques » du XIXème siècle.

Cette propagande de François Ier va créer une « légende urbaine » qui se retrouve jusque dans des émissions récentes sur l’histoire comme celle-ci.

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