L’épidémie dansante à Strasbourg

Il y a exactement 500 ans, en Juillet 1518, d’étranges phénomènes se sont déroulés à Strasbourg et dans ses environs qui appartenaient alors au Saint Empire Romain Germanique.

EpidemieDansante
Gravure de Henrik Hondius illustrant une épidémie dansante où des paysans essaient de contenir des malades

Une première femme, une certaine Frau Toffea, se mit à danser dans les rues de la ville et ne put s’arrêter pendant plusieurs jours. Une semaine plus tard, 34 autres personnes présentaient le même comportement et elles furent plus de 400 au total en un mois sur toute la région. Certains moururent d’épuisement. On parla d’épidémie dansante ou de peste dansante, un terme popularisé par un jeune médecin de l’époque, Paracelse (qui sera par ailleurs un des personnages du prochain tome de la saga, 1520-1522).

Les autorités médicales de l’époque avaient des connaissances limitées et en étaient à la théorie des 4 humeurs d’Hippocrate (il existe 4 humeurs ou liquides dans le corps dont les déséquilibres causent les maladies : sang, lymphe, bile noire, bile jaune en relation avec les quatre éléments : feu, eau, air, terre). Les médecins décrétèrent qu’il s’agissait d’un excès de sang chaud et firent des saignées (sans résultats, à part affaiblir les malades, ce qui a abouti sans doute à l’épuisement par anémie et à la mort de certains). Dans certains villages, les réactions furent très pragmatiques : on construisit des petites scènes et on accompagna les danseurs avec de la musique !

Ce n’est pas la première fois que de tels phénomènes se sont produits. Les chroniques du Moyen-Âge racontent épisodiquement ce genre de faits. Notamment un groupe d’enfants a sautillé et dansé de manière incontrôlable sur un parcours de 20 km dans la région d’Erfurt (Allemagne) en 1237, ce qui rappelle étrangement l’histoire du joueur de flûte de Hamelin où des enfants suivent ce joueur hors de la ville et disparaissent.

A l’heure actuelle, les causes de ces comportements ne sont pas entièrement comprises mais l’hypothèse la plus probable implique un champignon parasite du seigle qui est l’ergot et qui peut se trouver au niveau des épis.

ergot
Epi de seigle parasité par un ergot (masse sombre en forme de langue)

Il contient un alcaloïde, l’ergotamine, très proche du LSD, une molécule hallucinogène (pour vous donner une idée réécoutez Lucy in the Sky with Diamonds (LSD) des Beatles).

ergotamine-vs-LSD
Un petit air de famille entre la « partie gauche » de l’ergotamine et le LSD

L’intoxication est aussi connue sous le nom de « mal des ardents » ou « Feu de Saint-Antoine ». Outre les hallucinations, l’ergotamine cause des convulsions et des spasmes qui peuvent donner l’impression que les malades dansent.

Evidemment, à l’époque, tout cela était inconnu. Deux des personnages de 1515-1519 vont évoquer les étranges faits à Strasbourg et vous verrez qu’ils auront une interprétation toute personnelle des événements…

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s