Jean-Baptiste de Taxis

Parmi les nouveaux personnages de « 1520-1522 », vous allez rencontrer le centaure Jean-Baptiste de Taxis qui va être chargé par l’Empereur Charles Quint de transporter son courrier à travers son vaste Empire.

Dans le monde « dit réel », il y a bien eu un Jean-Baptiste de Taxis. Sa famille est d’origine italienne, de Tassis près de Milan. Le nom est devenu Taxis lorsque la famille a émigré vers l’actuelle Belgique (ils s’installent à Malines, près de Bruxelles). En 1490, ses oncles, François et Jeannetto ont été chargés par l’Empereur Maximilien (le grand-père de Charles) d’organiser un système sûr et fiable de transport postal de courriers et de colis à travers tout l’Empire. C’est la fondation de la Reichspost. Jusqu’alors, seule la France avait un système postal, institué en 1477 par Louis XI.

Plaque (pas en très bon état) en mémoire de François de Tassis, rue de la Régence à Bruxelles
Enseigne de la Reichspost (notez l’aigle à deux têtes) à Limburg, Allemagne

A cette époque, il s’agit surtout d’organiser des relais de chevaux judicieusement localisés pour que les messages puissent être délivrés le plus rapidement possible. En parallèle du « service public » mis en place par l’Empereur, un système de poste privé se met en place, contrôlé par richissime Jacob Fugger dont nous avons déjà parlé. Rois et Empereurs y auront aussi occasionnellement recours.

A la mort de ses oncles, c’est Jean-Baptiste de Taxis qui est nommé « chief et maistre general de noz postes par tous noz royaumes, pays, et seigneuries » par Charles Quint en 1520. La charge de Maître Générale des Postes devient ensuite héréditaire et les Taxis obtiennent même le droit de prélever les taxes (!) pour faire fonctionner les relais de poste.

Au gré des mariages et des anoblissements, la famille devient Von Thurn und Taxis au XVIIème siècle et diversifie ses activités, notamment dans la production et la distribution de bière. Cette marque existe jusqu’à nos jours.

Bière Thurn und Taxis

L’activité postale a décliné à partir du XVIIIème siècle et la dernière portion du réseau sur les territoires de l’actuelle Allemagne s’est éteinte après la prise de Francfort par les Prussiens en 1866.

Les Thurn et Taxis ont de multiples descendants partout en Europe, le plus proéminent d’entre eux est Albert, âgé de 36 ans, qui a hérité à la mort de son père (alors qu’il avait 9 ans) de 3 milliards d’Euros, ce qui en avait fait le milliardaire le plus jeune d’Allemagne. C’est un grand amateur de courses automobiles. Le transport, ils ont ça dans le sang, les Taxis !

Albert Von Thurn and Taxis

Les tours de crânes de Tenochtitlan

Dans « 1520-1522 » est évoqué la présence de tours de crânes humains dans la capitale aztèque. Ce n’est absolument pas une invention romanesque (hélas !)

Depuis 2015, des fouilles archéologiques à Mexico ont permis de déterrer près du site du Grand Temple (la double pyramide que vous pouvez admirer ici) les preuves de l’existence de ces tours.

Les fouilles archéologiques ont permis de montrer que les crânes étaient entourés de mortier pour que les deux tours ne s’effondrent pas.

Les archéologues pensent qu’il s’agit des crânes de sacrifiés dont les têtes avaient été initialement exposées sur un tzompantli (en nahuatl cela veut dire « mur de crânes »), une structure en bois évoquant plusieurs bouliers géants en parallèle où les boules sont les têtes !

Un tzompantli dans la Codex Duran (un missionnaire espagnol (1537-1588) qui s’est intéressé à la culture des Aztèques)

Le tzompantli de Tenochtitlan faisait 36 mètres de long et 4 mètres de haut.

Puis, une fois les crânes bien desséchés, ils étaient utilisés pour construire deux tours latérales en utilisant du mortier pour stabiliser l’ensemble.

Reconstitution de l’ensemble des tzompantli et des deux tours. Source : Science Magazine

Les tours faisaient 5 mètres de diamètre. Pour l’instant, elles n’ont pas été entièrement extraites du sol mais elles devaient faire probablement plus de 2 mètres de hauteur.

Une analyse sur les crânes déjà découverts a montré qu’ils appartenaient à 75% à des hommes entre 20 et 35 ans, 20% à des femmes et 5% à des enfants. On estime que l’ensemble de la structure devait être composée au minimum de 10.000 crânes.

Comment nos conquistadors vont-ils réagir en découvrant ce genre de « monuments » ? Vous le saurez bien sûr en lisant « 1515-1519 » et « 1520-1522 » !

L’épée de François Ier

Dans le monde de « 1515-1519 », François Ier reçoit Joyeuse, l’épée de Charlemagne. Mais dans le monde dit « réel », cette épée n’était utilisée que pour le sacre (depuis 1179 lors du sacre de Philippe Auguste). L’épée que portait habituellement François Ier se trouve actuellement au Musée de l’Armée aux Invalides. Cette épée lui avait été offerte avant son couronnement car son pommeau n’est pas orné d’une couronne. On pense qu’elle a été forgée après 1510 et donc avant 1515 (François Ier a été couronné en Janvier de cette année).

Un côté de l’épée de François Ier
L’autre côté de l’épée de François Ier

Sur les quillons on peut lire un extrait du Magnificat, le cantique chanté par la Vierge Marie après l’Annonciation : « Fecit potentiam in brachio suo« : il a déployé la puissance de son bras. Dans le Magnificat, le bras appartient à Dieu. Ici, il s’agit de celui du Roi, une assimilation bien commode !

L’épée a été prise au Roi lors de sa défaite de Pavie en 1525. C’est un officier espagnol nommé Juan Aldana qui la récupère et la lègue à son fils. Celui-ci la vend en 1585 au Roi d’Espagne Philippe II. En 1808, Napoléon demande expressément à Murat lors de son invasion de l’Espagne de récupérer l’épée et de la ramener à Paris, ce qui est fait. Napoléon l’installe dans son bureau au Palais des Tuileries. La défaite de Pavie est effacée (mais Waterloo n’est plus très loin !)

Vous pouvez voir la fiche du Musée de l’Armée sur cette épée sur ce site.

L’obsidienne

L’obsidienne est une roche volcanique noire, très riche en silice, et elle s’apparente à du verre. Elle est obtenue lorsqu’une lave d’une composition particulière crachée depuis un volcan refroidit très vite, ne laissant pas de temps à des cristaux de se former.

Lorsqu’on taille cette roche, les bords sont très tranchants et cela n’a pas échappé à nos ancêtres d’il y a 700 000 ans. C’est de cette époque que datent les premières obsidiennes taillées et leur utilisation comme arme pour la chasse et pour découper la viande.

Les civilisations d’Amérique Centrale ont utilisé l’obsidienne à une échelle « industrielle » et parmi elles la civilisation aztèque que nous rencontrons dans « 1515-1519 ». L’obsidienne a été tellement intégrée dans la vie quotidienne et utilisée en masse que c’est sans doute une explication à l’absence de métallurgie. L’obsidienne remplaçait efficacement le fer.

Les sources d’obsidienne sont abondantes en Amérique Centrale mais assez peu étendue géographiquement, essentiellement dans une région de l’actuel Mexique et une région de l’actuel Guatemala, ce qui fait que le contrôle de ces régions a été un enjeu stratégique majeur.

Parmi les armes les plus typiques des Aztèques figure le macuahuitl. Il s’agit de longs bâtons aplatis ornés de lames d’obsidienne.

Guerriers aztèques avec des macuahuitls. Extrait du Codex de Florence, qui est un exemplaire manuscrit de « L’Histoire générale des choses de la Nouvelle-Espagne », une encyclopédie du monde aztèque écrite par le moine franciscain Bernardino de Sahagun de 1558 à 1577.
Reconstitution d’un macuahuitl

Les Aztèques considéraient que l’obsidienne était le sang noir de la terre qui avait coagulé. Elle était d’ailleurs fréquemment utilisée pour des rituels d’auto-scarification (le sang de la terre qui fait couler le sang de l’homme).

De manière moins sanglante, l’obsidienne était aussi utilisée pour les miroirs.

Miroir en obsidienne aztèque (exposé au British Museum)

Vous verrez dans « 1515-1519 » et dans « 1520-1522 » que l’obsidienne était une bénédiction pour les Aztèques… jusqu’à l’arrivée des Espagnols.

Dans un autre contexte, signalons que l’obsidienne est représentée dans « Game of Thrones » en tant que verre-dragon (dragon glass) avec une utilisation qui est essentielle pour la survie des héros ! (quoique l’acier valyrien fait aussi très bien le travail…)

Est-ce que l’obsidienne serait aussi efficace contre les morts-vivants de l’armée du Pape de l’univers de 1515 ? Eh bien, pourquoi ne pas essayer ?

Triboulet

Parmi les nouveaux personnages que vous rencontrerez dans 1520-1522 il y a Triboulet, le bouffon de François Ier. Il avait déjà été au service de son prédécesseur, Louis XII. La mère de François, Louise de Savoie, le détestait et donc l’avait mis à l’écart. Mais Marguerite, la sœur de François, le voyant mélancolique (voir la scène du festin avant la session du Parlement de Paris dans 1515-1519) lui demande de reprendre du service.

Représentation de Triboulet dans une gravure du XIXème siècle

Le bouffon est le seul personnage à la Cour qui peut se moquer de tout le monde, y compris du souverain, ce qui n’est pas sans risques. Il est le révélateur, le miroir grotesque du Roi avec sa marotte, bâton surmonté d’une tête ridicule qui singe un sceptre.

Erasme (que nous rencontrerons aussi dans 1520-1522) parle des bouffons du Roi dans son Eloge de la Folie :  » Je conviens que les Princes ne peuvent souffrir qu’on leur dise leurs vérités. Mais c’est aussi ce qui fait le plus d’honneur aux Fous : car ils ne dissimulent point les défauts et les vices des Rois. Que dis-je ? Ils s’échappent souvent jusqu’à les insulter, et même jusqu’à leur dire des injures, sans que ces Maîtres du Monde s’en fâchent, ou s’en offensent. Des paroles qui feraient pendre Monsieur le Philosophe, s’il les proférait, sortent-elles de la bouche d’un Fou ? le Prince en rit de tout son cœur. Les plus grands rois les goûtent si fort que plus d’un, sans eux, ne saurait se mettre à table ou faire un pas, ni se passer d’eux pendant une heure. Ils prisent les fous plus que les sages austères, qu’ils ont l’habitude d’entretenir par ostentation… les bouffons, eux, procurent ce que les princes recherchent partout et à tout prix : l’amusement, le sourire, l’éclat de rire, le plaisir.  » Nul doute que ce bon vivant qu’est François Ier apprécie son bouffon.

Le vrai nom de Triboulet est Nicolas Ferrial. Il est né en 1479 à Blois. On ne sait quasiment rien sur sa vie avant son entrée à la Cour de Louis XII. Celui-ci l’aimait beaucoup, allant jusqu’à exiger sa présence lors de ses déplacements pour les guerres en Italie.

Très beau portrait de Triboulet datant du milieu du XVIème siècle. On devine l’homme derrière la fonction du bouffon.

Triboulet a inspiré de nombreux auteurs. Un tel personnage ne pouvait pas échapper à Rabelais qui le met en scène dans son Tiers Livre. Victor Hugo en fait son héros dans la pièce Le Roi s’amuse, qui va inspirer à son tour l’auteur du texte de l’opéra Rigoletto de Verdi. Georges Méliès va même tourner un François Ier et Triboulet en 1907.

Le dernier bouffon officiel d’un Roi de France, appelé L’Angély, fut présent à la Cour de Louis XIII et au début du règne de Louis XIV, mais on imagine bien que le Roi-Soleil n’a pas voulu en reprendre. Cela ne devait pas convenir à l’idée qu’il se faisait de Versailles où on rigolait moins qu’à la Cour de François Ier !

Anne de Bretagne

Anne de Bretagne par Jean Bourdichon, détail d’une miniature des Grandes Heures d’Anne de Bretagne, vers 1503-1508

Anne de Bretagne est la mère de Claude de France, l’épouse de François Ier et donc la Reine. Anne a été elle-même deux fois Reine de France : en épousant Charles VIII et en épousant son successeur Louis XII. Mais elle est surtout la Duchesse de Bretagne depuis la mort de son père en 1486. La Bretagne est alors indépendante de la France et elle est même en guerre contre elle par intermittence depuis 1465. Histoire de donner une idée de l’ambiance, signalons qu’en janvier 1490, Anne publie un Edit qui stipule que quiconque en Bretagne aiderait d’une manière ou d’une autre la France serait décapité.

En 1491, Anne est assiégée dans Rennes avec son armée et elle doit se rendre. C’est la défaite de la Bretagne. Anne doit se marier avec son ennemi, le roi de France Charles VIII. Le contrat de mariage est orienté clairement vers une future annexion de la Bretagne par la France. Anne quitte ses terres natales pour vivre avec le Roi de France dans ses châteaux. A Amboise, parce que le château est en travaux, elle réside au Manoir du Clos Lucé, là où vivra Léonard de Vinci quelques années plus tard. Elle a 6 enfants avec Charles mais tous sont mort-nés ou morts en bas-âge.

En 1498, pressé d’aller jouer au jeu de paume, Charles VIII heurte le linteau d’une porte à Amboise et en meurt. Anne se retrouve veuve et s’empresse de retourner en Bretagne et rétablit toutes les institutions du Duché que la France avait abolies. Elle consent néanmoins à se marier avec le successeur de Charles VIII, Louis XII mais le contrat de mariage est nettement plus favorable à la Bretagne que le précédent.

De cette union, naissent 2 filles : Claude et Renée qui survivront mais aucun des 4 garçons ne survivra. Ces grossesses successives sont suivies de très près par Louise de Savoie, la mère du futur François Ier, car elle sait que si aucun mâle n’est issu de l’union entre Anne et Louis XII, son fils chéri deviendra Roi. Louise et Anne se détestent et Anne de Bretagne n’aime pas le futur François Ier qu’elle surnomme « L’Ogre ». Ce n’est pas seulement parce qu’il a bon appétit. Elle sent chez lui une soif immodérée du pouvoir et elle sait que Louise a une forte influence sur lui. Elle est désespérée lorsque Louis XII se montre favorable aux fiançailles entre sa fille Claude et François. Elle fera tout pour faire annuler le mariage, y compris en proposant la main de Claude à Charles de Habsbourg (qui sera le futur grand ennemi de François). Si ce mariage avait vraiment eu lieu l’histoire de France et de l’Europe aurait sans doute été radicalement différente. Mais les intrigues de Louise de Savoie font échouer ce projet. Vous lirez dans « 1515-1519 » dans les paroles de Louise de Savoie la rancœur qu’elle a gardée de toute cette période.

Épuisée par les maternités malheureuses successives et atteinte de calculs urinaires, Anne de Bretagne meurt le 9 janvier 1514 au château de Blois et sa fille Claude peut finalement se marier avec François le 18 mai de la même année.

La fin de la Reconquista

Elle est mentionnée plusieurs fois dans « 1515-1519 » car c’est un événement considérable qui a durablement marqué l’Espagne et qui est encore assez récent dans l’esprit de certains de nos personnages.

La Reconquista est la reconquête par différents royaumes chrétiens de la péninsule ibérique sur les musulmans et elle s’achève le 2 janvier 1492 après 780 ans de présence musulmane. Le dernier bastion pris par les armées de Ferdinand et d’Isabelle La Catholique (les grands-parents maternels de Charles de Habsbourg) se situe à Grenade. Ferdinand est Roi d’Aragon et Isabelle est Reine de Castille et leur union en 1469 leur permet d’unir leurs forces.

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Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille s’unissent en 1469 et de cette union naît l’Espagne telle que nous la connaissons encore aujourd’hui.

Cette union sonne le glas de l’Émirat de Grenade. Notons que cet Émirat était déjà un vassal du Royaume de Castille depuis 1246 et avait vécu globalement en paix avec ses voisins, ce qui avait notamment permis de construire le magnifique Palais de l’Alhambra. Épisodiquement, des conflits s’étaient déclenchés lorsque l’Emir ne voulait pas payer de tributs, mais après quelques batailles les affaires rentraient dans l’ordre.

Dans le contexte de la mise en place de l’Inquisition espagnole en 1478 dirigée par le sinistre Torquemada, il devient inadmissible de maintenir cette enclave musulmane sur la péninsule ibérique et après diverses péripéties une armée de 10 000 cavaliers et 40 000 fantassins encerclent Grenade le 26 avril 1491. Isabelle La Catholique jure de ne pas se baigner et de changer de vêtements jusqu’à ce que la ville tombe. La ville subit 8 mois de siège et acculé par la famine, le dernier émir de Grenade, Mohammed XII surnommé Boabdil, donne les clés de la ville à Ferdinand et Isabelle qui va pouvoir enfin se laver et se changer (au grand soulagement de son mari…)

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Boabdil (à gauche) apporte les clés de Grenade que l’on aperçoit en arrière-plan à Ferdinand et Isabelle, le 2 janvier 1492. Tableau de Francisco Pradilla y Ortiz

La péninsule est libérée mais les Espagnols voudront poursuivre leurs efforts et repousser les musulmans hors d’Afrique du Nord. Comment cela va-t-il se dérouler ? Vous le lirez dans « 1515-1519 ».