Une petite balade à Venise

Aujourd’hui, nous allons visiter Venise sur les traces des personnages de 1515-1519 et de 1520-1522. Quand commence notre histoire, Venise est une République prospère, et la ville compte 100.000 habitants, ce qui est beaucoup pour l’époque. Elle contrôle aussi des ports le long de l’actuelle Croatie et de la Grèce, ainsi que la Crête et Chypre.

La chute de Constantinople en 1453 et la prise de contrôle par les Ottomans de l’est de la Méditerranée a constitué tout de même un coup dur pour le commerce. La concurrence des Espagnols et des Portugais commence à se faire sentir. C’est une époque charnière pour l’avenir de La Sérénissime.

Le Palais des Doges est le centre névralgique du pouvoir. Pour accéder à l’entrée du Palais, les visiteurs peuvent emprunter un escalier monumental en marbre : l’Escalier des Géants. Ayne de Montmorency, l’un de nos héros, pense qu’il va l’emprunter lors de sa visite au Doge. Mais il en sera autrement…

Escalier des géants du Palais des Doges. Les deux statues représentant Mars et Neptune ont été ajoutées en 1567, donc nos héros n’ont pas pu les contempler.
By Benh LIEU SONG – Own work, CC BY-SA 4.0

Avant cela, Ayne avait rencontré Mariano Baldecci, l’espion cynique et sans scrupules de la France à Venise. Ils avaient rendez vous près de l’église San Giacomo dall’Orio. Elle a été construite en 1225 et a été remodelée/agrandie ensuite tout au long du XVème et du XVIème siècle, ce qui lui a donné un aspect tarabiscoté et peu uniforme. Le clocher contient une statue d’un homme tenant une coquille Saint-Jacques indiquant que l’église devait être le point de ralliement des pèlerins qui allaient de Venise à Saint-Jacques-de-Compostelle.

L’église San Giacomo dall’Orio

Un peu plus tard dans notre histoire, le Doge accueille un membre de la famille Contarini, qui est ambassadeur de Venise en Egypte, qui ne fait partie que récemment de l’Empire Ottoman. Le Doge l’accompagne en gondole jusque chez lui au Palazzo Contarini del Bovolo, connu pour son escalier externe en spirale qui date de 1499. L’Ambassadeur est content de retrouver sa famille, d’autant plus qu’il a vu que des choses inquiétantes se tramaient en Egypte…

L’escalier en spirale du Palazzo Contarini del Bovolo.

Un peu plus tard, notre espion Mariano Baldecci passera une soirée mémorable qui le mènera dans le cimetière jouxtant la Basilique San Zanipolo. Les origines de cette basilique remontent à un rêve du doge Jacopo Tiepolo en 1234 : un vol de colombes au-dessus d’un espace marécageux qui n’avait pas encore été aménagé dans la lagune. Il en fit don en 1234 aux Dominicains qui venaient d’arriver dans la ville et qui y bâtirent un premier édifice religieux. La Basilique en elle-même fut achevée en 1430.

La Basilique San Zanipolo. Photo par Didier Descouens — Travail personnel, CC BY-SA 4.0

Originalité du lieu, des tombeaux sont adossés à la façade externe, un peu en hauteur.

Le sarcophage des Doges Jacopo et Lorenzo Tiepolo, père et fils qui ont dirigé successivement la République au XIIIème siècle. Photo : Par Didier Descouens — Travail personnel, CC BY-SA 4.0

Nous terminerons cette visite par le ghetto de Venise, dont nous sommes les témoins de la création dans une scène de 1515-1519. Suite à la Reconquista catholique en Espagne et l’Inquisition de Torquemada, de nombreux Juifs espagnols fuient le royaume espagnol. Certains viennent se réfugier à Venise. Une partie de la population s’inquiète de cette immigration (bien que les chiffres restent quand même faibles : 700 Juifs sur 100 000 habitants, mais visiblement cela suffit à poser problème pour certains !). Le 29 mars 1516, le Sénat propose de les confiner sur une île qui avait abrité une fonderie de cuivre désormais abandonnée. Le site est à la périphérie de la ville (alors qu’en général les Juifs habitaient jusqu’alors près du centre et des quartiers marchands du Rialto), il n’abrite pas d’église chrétienne et il est facile à contrôler grâce à la construction de deux portes qui sont fermées le soir. Seuls les médecins pouvaient sortir du ghetto pendant la nuit. Le terme de ghetto provient du vénitien getto ou gheto qui veut dire fonderie. Il s’est ensuite généralisé aux quartiers où les Juifs étaient rassemblés, même en dehors de Venise.

Vous pouvez regarder la vidéo ci-dessous où tout est expliqué en détails :

La couronne de plumes de Moctezuma

Dans le monde de 1515…, les peuples d’Amérique Centrale sont des hommes qui ont des plumes à la place des poils. Cela ne leur permet pas de voler à proprement parler mais cela leur permet de faire quelques prouesses acrobatiques, bien utiles dans les combats, que vous découvrirez dans les livres.

Dans le monde dit réel, les plumes avaient une importance toute particulière pour les Aztèques. L’un de leurs Dieux, Quetzalcoatl, est un serpent qui a des plumes à la place des écailles. Huitzilopochtli, le Dieu de la guerre et du Soleil a pour symbole le colibri et sa mère Coatlicue, déesse de la Terre, l’aurait mis au monde après être tombée enceinte en ayant mis dans son corsage une boule de plumes qu’elle avait trouvée sur son chemin (!)

Les plumes étaient utilisées pour des ornementations sur les habits des dignitaires de haut rang. Il est normal que le tlatoani (l’Empereur) ait eu les plus beaux et impressionnants ornements de plume. La couronne attribuée à Moctezuma est indéniablement imposante.

Elle fait 1,16 mètre de hauteur. Les plumes vertes sont celles du quetzal, un oiseau d’Amérique centrale. Le nom de cet oiseau vient du nahuatl, la langue des Aztèques, et veut dire grande plume verte.

Les plumes sont maintenues ensemble par une frise en or. L’authenticité de cette couronne fait débat pour certains spécialistes, mais sa présence est attestée en 1575 dans les collections des Habsbourgs d’Autriche qui l’ont obtenu sans doute de leur branche espagnole. La couronne de plumes se trouve actuellement dans un musée à Vienne, mais le Mexique demande en vain sa restitution depuis plusieurs années.

Le quetzal représente toujours à l’heure actuelle un symbole associé au pouvoir puisqu’il se trouve sur les armoiries du Guatemala.

Les monstres marins sur les cartes

Source : carte de la BnF

La Renaissance est une période de grande activité cartographique liée aux progrès de la navigation et aux découvertes de nouvelles terres. Posséder des cartes à jour dans un monde à la géographie en perpétuelle expansion était un enjeu majeur, comme vous le lirez dans 1520-1522.

Si les cartes deviennent de plus en plus complètes et précises pour le tracé des côtes, les mers et les océans constituent en revanche un grand vide et ce qu’ils contiennent un mystère.

Source : carte de la BnF

Si petit à petit, les monstres désertent les continents, les océans deviennent leur refuge. Le « merveilleux » à cette époque ne correspond pas forcément à de la fiction. Il s’agit de phénomènes rares, exotiques mais bien réels pour les contemporains. Une baleine entraperçue, la silhouette d’une raie ou d’un requin marteau observée entre deux vagues justifient toutes les interprétations pour compléter le tableau. Les monstres sont soit considérés comme des émanations diaboliques, soit comme la preuve de la toute puissance créatrice de Dieu. Cette identité ambivalente n’est pas pour rien dans la fascination qu’ils exercent.

Et gare au marin qui tombe à la mer ! Il se retrouve à la merci de monstres qui l’entraînent dans les eaux profondes, si loin des Cieux et du Paradis.

Voici par exemple La Carte Marina qui représente la Scandinavie, créée par le dernier Archevêque de Suède, Olaus Magnus entre 1527 et 1539 (avant que le pays ne devienne protestant). La première version de cette carte a été imprimée à Venise en 1539.

Plus la Renaissance avance, et plus la rationalité commence à prendre le dessus. Par exemple, en 1551, le naturaliste français Pierre Belon déplore « qu’on ait grandement abusé en peignant les poissons sur les cartes, et que l’ignorance des hommes soient cause que plusieurs monstres de mer aient été faussement portraits sans jugement ».

Mais comme vous vous en doutez, dans notre saga qui commence par 1515-1519, les monstres marins ont encore de beaux jours devant eux et vont faire des apparitions remarquées !

Jean-Baptiste de Taxis

Parmi les nouveaux personnages de « 1520-1522 », vous allez rencontrer le centaure Jean-Baptiste de Taxis qui va être chargé par l’Empereur Charles Quint de transporter son courrier à travers son vaste Empire.

Dans le monde « dit réel », il y a bien eu un Jean-Baptiste de Taxis. Sa famille est d’origine italienne, de Tassis près de Milan. Le nom est devenu Taxis lorsque la famille a émigré vers l’actuelle Belgique (ils s’installent à Malines, près de Bruxelles). En 1490, ses oncles, François et Jeannetto ont été chargés par l’Empereur Maximilien (le grand-père de Charles) d’organiser un système sûr et fiable de transport postal de courriers et de colis à travers tout l’Empire. C’est la fondation de la Reichspost. Jusqu’alors, seule la France avait un système postal, institué en 1477 par Louis XI.

Plaque (pas en très bon état) en mémoire de François de Tassis, rue de la Régence à Bruxelles
Enseigne de la Reichspost (notez l’aigle à deux têtes) à Limburg, Allemagne

A cette époque, il s’agit surtout d’organiser des relais de chevaux judicieusement localisés pour que les messages puissent être délivrés le plus rapidement possible. En parallèle du « service public » mis en place par l’Empereur, un système de poste privé se met en place, contrôlé par richissime Jacob Fugger dont nous avons déjà parlé. Rois et Empereurs y auront aussi occasionnellement recours.

A la mort de ses oncles, c’est Jean-Baptiste de Taxis qui est nommé « chief et maistre general de noz postes par tous noz royaumes, pays, et seigneuries » par Charles Quint en 1520. La charge de Maître Générale des Postes devient ensuite héréditaire et les Taxis obtiennent même le droit de prélever les taxes (!) pour faire fonctionner les relais de poste.

Au gré des mariages et des anoblissements, la famille devient Von Thurn und Taxis au XVIIème siècle et diversifie ses activités, notamment dans la production et la distribution de bière. Cette marque existe jusqu’à nos jours.

Bière Thurn und Taxis

L’activité postale a décliné à partir du XVIIIème siècle et la dernière portion du réseau sur les territoires de l’actuelle Allemagne s’est éteinte après la prise de Francfort par les Prussiens en 1866.

Les Thurn et Taxis ont de multiples descendants partout en Europe, le plus proéminent d’entre eux est Albert, âgé de 36 ans, qui a hérité à la mort de son père (alors qu’il avait 9 ans) de 3 milliards d’Euros, ce qui en avait fait le milliardaire le plus jeune d’Allemagne. C’est un grand amateur de courses automobiles. Le transport, ils ont ça dans le sang, les Taxis !

Albert Von Thurn and Taxis

Les tours de crânes de Tenochtitlan

Dans « 1520-1522 » est évoqué la présence de tours de crânes humains dans la capitale aztèque. Ce n’est absolument pas une invention romanesque (hélas !)

Depuis 2015, des fouilles archéologiques à Mexico ont permis de déterrer près du site du Grand Temple (la double pyramide que vous pouvez admirer ici) les preuves de l’existence de ces tours.

Les fouilles archéologiques ont permis de montrer que les crânes étaient entourés de mortier pour que les deux tours ne s’effondrent pas.

Les archéologues pensent qu’il s’agit des crânes de sacrifiés dont les têtes avaient été initialement exposées sur un tzompantli (en nahuatl cela veut dire « mur de crânes »), une structure en bois évoquant plusieurs bouliers géants en parallèle où les boules sont les têtes !

Un tzompantli dans la Codex Duran (un missionnaire espagnol (1537-1588) qui s’est intéressé à la culture des Aztèques)

Le tzompantli de Tenochtitlan faisait 36 mètres de long et 4 mètres de haut.

Puis, une fois les crânes bien desséchés, ils étaient utilisés pour construire deux tours latérales en utilisant du mortier pour stabiliser l’ensemble.

Reconstitution de l’ensemble des tzompantli et des deux tours. Source : Science Magazine

Les tours faisaient 5 mètres de diamètre. Pour l’instant, elles n’ont pas été entièrement extraites du sol mais elles devaient faire probablement plus de 2 mètres de hauteur.

Une analyse sur les crânes déjà découverts a montré qu’ils appartenaient à 75% à des hommes entre 20 et 35 ans, 20% à des femmes et 5% à des enfants. On estime que l’ensemble de la structure devait être composée au minimum de 10.000 crânes.

Comment nos conquistadors vont-ils réagir en découvrant ce genre de « monuments » ? Vous le saurez bien sûr en lisant « 1515-1519 » et « 1520-1522 » !

L’épée de François Ier

Dans le monde de « 1515-1519 », François Ier reçoit Joyeuse, l’épée de Charlemagne. Mais dans le monde dit « réel », cette épée n’était utilisée que pour le sacre (depuis 1179 lors du sacre de Philippe Auguste). L’épée que portait habituellement François Ier se trouve actuellement au Musée de l’Armée aux Invalides. Cette épée lui avait été offerte avant son couronnement car son pommeau n’est pas orné d’une couronne. On pense qu’elle a été forgée après 1510 et donc avant 1515 (François Ier a été couronné en Janvier de cette année).

Un côté de l’épée de François Ier
L’autre côté de l’épée de François Ier

Sur les quillons on peut lire un extrait du Magnificat, le cantique chanté par la Vierge Marie après l’Annonciation : « Fecit potentiam in brachio suo« : il a déployé la puissance de son bras. Dans le Magnificat, le bras appartient à Dieu. Ici, il s’agit de celui du Roi, une assimilation bien commode !

L’épée a été prise au Roi lors de sa défaite de Pavie en 1525. C’est un officier espagnol nommé Juan Aldana qui la récupère et la lègue à son fils. Celui-ci la vend en 1585 au Roi d’Espagne Philippe II. En 1808, Napoléon demande expressément à Murat lors de son invasion de l’Espagne de récupérer l’épée et de la ramener à Paris, ce qui est fait. Napoléon l’installe dans son bureau au Palais des Tuileries. La défaite de Pavie est effacée (mais Waterloo n’est plus très loin !)

Vous pouvez voir la fiche du Musée de l’Armée sur cette épée sur ce site.

L’obsidienne

L’obsidienne est une roche volcanique noire, très riche en silice, et elle s’apparente à du verre. Elle est obtenue lorsqu’une lave d’une composition particulière crachée depuis un volcan refroidit très vite, ne laissant pas de temps à des cristaux de se former.

Lorsqu’on taille cette roche, les bords sont très tranchants et cela n’a pas échappé à nos ancêtres d’il y a 700 000 ans. C’est de cette époque que datent les premières obsidiennes taillées et leur utilisation comme arme pour la chasse et pour découper la viande.

Les civilisations d’Amérique Centrale ont utilisé l’obsidienne à une échelle « industrielle » et parmi elles la civilisation aztèque que nous rencontrons dans « 1515-1519 ». L’obsidienne a été tellement intégrée dans la vie quotidienne et utilisée en masse que c’est sans doute une explication à l’absence de métallurgie. L’obsidienne remplaçait efficacement le fer.

Les sources d’obsidienne sont abondantes en Amérique Centrale mais assez peu étendue géographiquement, essentiellement dans une région de l’actuel Mexique et une région de l’actuel Guatemala, ce qui fait que le contrôle de ces régions a été un enjeu stratégique majeur.

Parmi les armes les plus typiques des Aztèques figure le macuahuitl. Il s’agit de longs bâtons aplatis ornés de lames d’obsidienne.

Guerriers aztèques avec des macuahuitls. Extrait du Codex de Florence, qui est un exemplaire manuscrit de « L’Histoire générale des choses de la Nouvelle-Espagne », une encyclopédie du monde aztèque écrite par le moine franciscain Bernardino de Sahagun de 1558 à 1577.
Reconstitution d’un macuahuitl

Les Aztèques considéraient que l’obsidienne était le sang noir de la terre qui avait coagulé. Elle était d’ailleurs fréquemment utilisée pour des rituels d’auto-scarification (le sang de la terre qui fait couler le sang de l’homme).

De manière moins sanglante, l’obsidienne était aussi utilisée pour les miroirs.

Miroir en obsidienne aztèque (exposé au British Museum)

Vous verrez dans « 1515-1519 » et dans « 1520-1522 » que l’obsidienne était une bénédiction pour les Aztèques… jusqu’à l’arrivée des Espagnols.

Dans un autre contexte, signalons que l’obsidienne est représentée dans « Game of Thrones » en tant que verre-dragon (dragon glass) avec une utilisation qui est essentielle pour la survie des héros ! (quoique l’acier valyrien fait aussi très bien le travail…)

Est-ce que l’obsidienne serait aussi efficace contre les morts-vivants de l’armée du Pape de l’univers de 1515 ? Eh bien, pourquoi ne pas essayer ?